‹ ThéâtreChapitre 164 sur 381 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

HECTOR

Si c'est amusant ? mais dites donc qu'il n'y a que ça au monde d'intéressant, d'émouvant, de palpitant ! Je vais voir un drame, une comédie, qu'est-ce que ça me fait que le jeune premier épouse la jeune première ; qu'Alphonse tue Rodrigo ou que Rodrigo tue Alphonso? Ça m'est bien égal, moi, ça. Tandis qu'au détour d'une rue ou d'une allée, j'aperçois une femme de profil, de trois quarts ou de dos... J'aime mieux que ce soit de dos ; il y a plus d'aliments pour l'hypothèse et l'imagination. Voilà une jolie taille, me dis-je ; une tournure élégante, des épaules rondes... Cette femme doit avoir la poitrine très-bien. Son talon est étroit ? elle doit avoir un joli pied. Sa cheville est mignone ? elle doit avoir une jolie jambe. Oui ; mais est-elle brune ou blonde ? On l'ignore, c'est là qu'est l'intérêt. Je souhaite qu'elle soit brune, voilà un désir. Ciel ! si elle était rousse l Voilà une crainte. Alors je double le pas; mais soudain il me Tient un doute, si c'était une vieille femme bien conservée, bien habillée ?... qui sait?

GEORGINA

Les couturières sont si tricheuses 1

HECTOR

Palpitantd'impatience et decuriosité, je dépasse mon inconnue; je me retourne, et qu'est-ce que je vois ? tantôt une douairière, peinte sur toutes les coutures ; tantôt une femme jeune, mais laide, mais commune, mais grêlée; l'une a des yeux faïence; l'autre a la bouche fendue avec un sabre ; celle-ci a une fluxion ; celle-là a les dents comme des touches de piano; l'une a le front trop haut, l'autre n'a pas de front du tout ; l'autre a un nez en fer de lance; l'autre enfin est une négresse. Oui, Georgina, l'autre jour j'ai suivi pendant vingt minutes une négresse de 47 ans qui cachait des bandeaux en éloupe sous un chapeau d'Aleiandrine.

GEORGINA

Et vous ne vous êtes pas aperçu... ?

HECTOR

Si fait !... Dès que je l'ai vue de face. GEORGINA, rianU Sans doute, mais avant ?

Avant? Robe montante, gants paille, chapeau d'Alexandrine. Allez donc imaginer une négresse là-dessous.

GEORGINA

Pauvre garçon l

HECTOR

Oh! il n'y a pas que des négresses, heureusement! Car souvent...

6 UN MONSIEUR QUI SUIT LtS FEMMES.

Air de Kradoudja.

L'iaconnue est un ange Au teint blanc et velouté, Un trésor sans mélange De jeunesse et de beauté.

Elle a la taille fiue, Une jambe divine, Un regard qui calcine Comme les feux de l'été!

Et ce portrait, ma divine, Trouvez-vous qu'il soit flatté?

GEORGINA

Hector!...

HECTOR

Oui ! c'est ainsi que j'ai connu la belle, la charmante Georgina; après l'avoir suivie pendant cinq heures, à pioJ, à cheval et en voiture au bois de Boulogne et aux Champs-Elysées. [Une Marchande déplaisirs arrive par la droite, offre auxpersonnesassises jusqu'à Georgina.',

GEORGIE A

Et me ditèz-vous, monsieur, pourquoi, depuis six mois, la divine Georgina n'a pas eu de vos nouvelles?

Ah l c'est tout une histoire.

GEORGINA

i Contez-la-moi.

HECTOR

C'est un vrai roman.

GEORGINA

A plus forte raison... parlez !

HECTOR, voyant la Marchande, à Georgina, Voulez-vous du plaisir? ; -

GEORGINA

Toujours I {Hector prend quelques plaisirs qu'il offre à Geor^ gina; il paye la Marchande qui se retire, puis ils s asseyent à dinoité. — Les personnages qui restaient en scène se sont retirés un peu avant la Marchande ; le Monsieur qui dormait est allé s'asseoir à gauche, 2^^ plan, et s'y endort de nouveau.)* GEORGINA, S asseyant»

Eh bien?

• Hector, Georgina,

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