ACTE II, SCENE Vf
Est-ce que tu fumerais par hasard ? *
ISIDORE
Jamais par hasard ! Il y a longtemps que j'ai renoncé à Satan, à ses œuvres et à ses pipes.
Air : De Mazaniello.
Moi fumer ? pas le moins du monde j Le mot seul me fait mal au cœur ; Car i)Our cette habitude immonde J'ai la plus invincible horreur!
Je trouv' ça teU'ment exécrable, * Que j'donn'rais mon sanpr, voyez-vous, Pour que toul's les pip's i'uss'ut au diable, {A part.) Et qu' les cigar's fuss'nt à deux sous !
DE LA PIERRE MEULIERE
A la bonne heure !
ISIDORE
De temps en temps, je l'avoue... et pour obliî^er un ami dans la
peine, je me charge de l'éducation d'une pipe, j'entreprends de la cul...
DERBiGNY, vivcment, Vintcrrowpant.
Heu!...
ISIDORE
De la cultiver jusqu'à ce qu'elle soit... mûre... et si vos parfumeries ont contracté un petit goût de... caporal torréfié, c'est que j'aurai oublié une de mes élèves dans ma poche. (// se fouille.) Justement. [Il tire une pipe toute noire de sa poche.)
PAULINE
Quelle abomination!
DERBIO'Y.
Elle n'est pas à lui.
DE LA PIERRE MEULIERE
Puisqu'elle n'est pas à lui, il n'y a rien à dire. Allons, allons, il me va! Rendez-vous promptement chez le notaire et terminons au plus vite.
DERBIGXY.
Tout de suite, mon ami, tout de suite, (i Isidore.) Xh ! quel bonheur !...
PAULi>'E , à part.
Qu'ont-ils donc pour être si joyeux ?
ENSEMBLE
Air: De F. Lautx.
PAULINE
Je ne sais pourquoi sa présence * Derbigny, Isidore, de la Pierre Meulière, Pauline,
jî UN DOCTEUR EN HiiRBE.
Ne me présage rien de bon; j'aimais mieux son air d'innocence Qu'une audace de mauvais ton.
DERBIGNY.
Il est un peu jeune, je pense, Pour diriger une maison ; Mais s'il manque d'expéi-ience, L'hymen formera sa raison.
ISIDORE
Je crois vraiment que ma présence Trouble un peu toute la maison ; J'aïu'ai quelque peine, je pense, A leur faire entendre raison.
DE LA PIERRE MEULIÈRE
Il a pris beaucoup d'a?surance,
Et j'aime cet air sans façon ;
Il a de l'aplomb, de l'aisance,
J'aime cela chez un garçon.
[Derbigjiy et Isidore sortent par le fond.)