ACTE II, SCÈNE XIII
MONTBRISON, sécJiauffant.
Ah ça !... morbleu 1 sortirez-vous?. .
BOUDINIER.
On s'en va. [A part) Oh ! si je n'étais pas à Orléans... [Haut.) Quand vous aurez besoin de moi, sonnez, toutes les secondes, si vous vouiez.
MONTBRISON
Allez au diable!...
BOUDINIER, dans le corridor.
Je n'irai pas si loin... je ne bronche pas d'ici... Je colle mon œil à la serrure, et je ne perds pas un mot, ni un geste surtout., c'est ça l'important...
MONTBRISON, à madame Boudinier.
A-t-on vu un garçon aussi insuppo'.'table que celui-ci... Mais tu ne bois pas...
BOUDINIER, à lui-même.
Il l'a tutoyée encore!...
MADAME BOUDINIER, à MoulbrisOTl.
Tu m'en donnes trop.
BOUDINIER, à lui-même.
Et elle aussi... Il paraît que... c'est clair ça... [Montbrison et madame Boudinier mangent et boivent en silence-) Hein ! ils ne parlent plus... [Regardant par le trou d'une serrure.) Il me passe des nuages jaunes... Il me semble qu'ils chuchottent... Quelle question agitent-ils?... Us ne peuvent pourtant pas causer de la prise d'Alger... [Ouvrant soudainement la porte du cabinet et s y précipitant.) Voilà ! voilà!...
MADAME SOUDINIER.
Encore ce garçon !
BOUDINIER, à part et cherchant à se consoler. Il n'y a rien.
MONTBRISON
Ah ! ça, mais que voulez-vous, imbécile?...
BOUDINIER.
Monsieur a sonné?
MONTBRISON
Eh non !... mille fois non!...
BOUDINIER, à tui-meme et dans le corridor. Il n'y avait rien encore-
MONTBRISON
Ah ! nous allons être tranquilles à présent. Voyons, Virginie, sois franche, tu t'es beaucoup ennuyée avec moi?
MADAME BOUDINIER.
Par exemple-' tu m'as fait passer une ravissante journée...
BOUDINIER, écoutaîit à la porte avec effroi. Ils sont ensemble depuis ce matin...
MADAME BOUDINIER
Cela m'a rappelé le temps où tu étais à l'École Polytechnique... 01' tu venais me chercher tous les mercredis, chez mon tuteur ..
BOUDJNIER.
Son tuteur... il tolérait ça... Ah! et il ne ni'en a pas parié '-..
MONTBRisoN", ù madame Boudinier.
Et tu étais si heureuse en me voyant !
BOUDiMER. a lui-même, avec désespoir.
Cela date d'avant '.... Et quand je lai épousée... moi qui ai cru... ahl je l'ai bien cru... et il y avait de quoi !...
MADAME BOUDIMER, G MoîltbriSOn.
C'est que tu étais tout pour moi, vois-tu.
BOUDINIER, avec consternation.
Bien!... bien!... tout ça se corse!
'madame BOUDIMER.
Aussi, j étais bien désolée quand tu es parti pour ton régiment... Mais maintenant je vais être bien heureuse, car je te verrai tous les jours!...
MONTBRISON
Parbleu '...
BOUDINIER, à lui-même.
Sapristi !
MADAME BODDINIER.
Je te présenterai a mon mari.
MONTBRISON
Je l'espère bien...
BOUDINIER, à part.
Voilà du gentil.
Tu viendras dîner chez nous tous les jours.
MONTBRISON
Et déjeuner même...
BOUDINIER, a lui-même.
Il faudra encore que je le nourrisse !
MADAME BOUDINIER.
Enfin nous vivrons bien unis tous les trois ensemble-
BOUDINIER. à lui-même.
Voilà le comble 1... mais je n'en ai jamais connu de celle force-là.
MONTBRISON
Chère Virginie I
Cher Hector !
M.ADAME BOUDINIER.
BOUDINIER, a lui-même.
\\ s'appelle Castor 1... {Entendant le bruit de deux baisers donnés par Montbrison sur la main de madame Boudinier.) Ah ! {Entrant vivement daiis le cabiriH.) Monsieur a sonné?...
MO.NTBRISON.
^lais non...
BOUDINIER.
Monsieui a même sonne deux fois, je l'ai entendu.
MONTBRISO.N.
Ah ça, mille tonnerres ! vous en irez-vous'.^-- .
BOUDINIER.
Jamais!-..