‹ ThéâtreChapitre 188 sur 462 · ACTE I, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII

roi lui a offert en vain la surintendance de la maison de Saint- Cyr. Elle a dit qu'elle n'avait pas trop de tout sou temps pour travailler à son propre salut. Eh bi^-n, il paraît qu'elle n'y travaille que le jour à son salut... et que, la nuit venue, elle débâtit.

J'ai l'honneur de répéter à M. le maréchal que c'est elle-même qui fait l'éducation de ma nièce.

RICHELIEU

Impossible, encore une fois... Expliquez-vous?

CHATEAU

Il y a un an, je reçus la visite de cette dame, dont la beauté m'ébiouit d'abord.

RICHELIEU

Ah! elle est belle?

CHATEAU

Un port de déesse, monseigneur.

RICHELIEU

Je gage que vous lui fîtes un méchant parti, monsieur Château?

CHATEAU

Je n'en eus même pas la pensée , monsieur le maréchal , tant elle m'inspira de respect.

RICHELIEU

Et elle vous demanda votre nièce?

CHATEAU

Oui, monseigneur... de plus elle me remit une lettre de la propre main de madame Louise... la pieuse fille du roi...

RICHELIEU

Et cette lettre?

Cette lettre... que j'ai gardée... m'engageait à céder au désir de madame la chanoinesse. Je ne pouvais, je ne devais pas hésiter.

RICHELIEU

Voyons, messieurs, qu'est-ce que cela signifie? Y comprenezvous quelque chose?

FRONSAC

Je comprends seulement que l'inconnue du bal est ou la chanoinesse, ou la nièce de M. Château... car je suis parbleu bien certain de l'avoir vue se faufiler dans l'Ermitage... et puisqu'elles en sont les seules habitantes...

RICHELIEU

Mais, j'y pense... René doit connaître celle dont il a si chaudement pris la défense ?

RENÉ

Hélas ! non... Monseigneur, je ne l'ai vue que masquée RICHELIEU, croisant les bras et toisant d'un air de pitié Fransac et René.

Comment ! viv»:? Dieu ! vous êtes là deux jeunes gens épris de la même beauté depuis des mois... et, à vous deux, voilà tout le chemin que vous avez fait!... C'est une honte pour ma maison! Ça, Remy ! [Remy entre du fond.) Un habit. {Il sort par la porte de gauche.)

FRONSAC

Qu'allez-vous faire, monseigneur?

RICHELIEU

J'ai soixante ans, mon fils... mais sachez que j'ai encore le jarret assez bon pour escalader une muraille... quand il y a derrière une garnison ennemie... ou simplement une belle personne voilée.

FRONSAC, riant.

Soit, monseigaeur... mais vous me permettrez de profiter de l'avertissement pour essayer de vous prévenir dans la place... ou tout au moins de vous en barrer l'entrée .

RICHELIEU

Monsieur... je vous donne carte blanche I et à vous aussi, René...

RENÉ, souriant.

Ah ! m^rci, monseigneur ; car je serais mort plutôt que de vous manquer de respect... et vous vous attaquez à la plus chère, à l'unique espérance de ma vie.

RICHELIEU

Bien! bieni jeune cœur I Cela passera... En attendant, unissez-vous tous deux : mettez-vous chacun d'un côté de la porte... Allez, mes amis. (// va s'asseoir à sa toilette qui est au fondj à gauche^ prend une petite glace et arrange sa coiffure.)

FRONS.AC

Mon père, je vous jure que je vais échelonner mes mousquetaires tout autour de l'Ermitage.

RICHELIEU

Echelonnez, Fronsac, échelonnez... Si vous m'en croyez, vous

ferez venir du canon !

CHATEAU

Mais, monsieur le maréchal, si, par hasard, c'était ma nièce?

RICHELIEU

Est-elle jolie, votre nièce ?

Des plus agréables, monseigneur.

Page 1