ACTE II, SCENE IL
LOUISON
Nel'écoutez pas, mademoiselle.
MARIE
Vous vous ennuyez donc, Biaise?
BLAISE
Si je m'ennuie, mademoiselle ! mais j'ai quelquefois envie de me jeter la tête la première dans le bassin qui est là !
MARIE
Ah ! mon Dieu !
BLAISE
Il n'y a qu'un an que vous êtes ici, vous, mam'selle; il y en a plus de quatre que j'y suis, moi, et sans jamais être allé plus loin que le bout de la rue. C'est l'ordre de madame la chanoinesse , et il faut bien lui obéir, puisque c'est elle qui m'a sauvé de la misère, el qui donne du pain a me§ parents; dame! elle est bonne, mais elle est trop sévère; ne jamais sortir, c'est bon pour des moines; mais moi, je ne suis pas un moine, je suis un iiomme. LOUisON, V interrompant vivement, à demi-voix.
Silence, malheureux !
BLAISE, à demi-voix.
Il n'y a pas de silence , malheureux ! Je suis un homme , quoi!... [Haut.) Ah! rnadonioiselle Marie, si je pouvais seulement me promener tout un jour dans Paris! Je n'ai jamais vu Paris, moi.
MARIE
Pauvre garçon !
BL.AISE
Et puis, c'est que j'ai un rêve, voyez-vous... j'ai une idée qui ne me lâche ni le jour ni la nuit, qui me fera mourir si je n y arrive pas...
MARIE
Et qu'est-ce que c'est?
LOUisoN, inquiète.
Chut!
BLAISE
Il n'y a pas de chut !
MARIE
Voyons, qu'est-ce ?
BLAISE , avec énergie.
Je voudrais voir Montmartre ! oh! Montmartre
M.ARIE
Eh bien, vous verrez Montmartre, mon ami Biaise.
BLAISE
Vrai ! mams'elle !
MARIE
Je vous le promets.
ELAISE.
Ah! je m'en vais travailler de bon cœur k présent... {On sonne.)
LOUISON
Allez ouvrir, Biaise ; c'est probablement madame la chanoinesse qui revient...
Ah ! Montmartre ! je te verrai donc enfin ! {Il sort en courant à gauche.)