‹ ThéâtreChapitre 218 sur 462 · ACTE III, SCENE V. W · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V. W

conduite qui pourrait me faire éclater justement en plaintes ameres... Eh bien, non, je ne me plains pas... Je vous 1 avoue, cette conduite même, toute perfide qu'elle est, m'a entrepris la fine pointe du cœur... Je ne devrais songer qu'à la vengeance et je ne songe qu'à vous demander merci.

LA CHANOINESSE

Monsieur de Richelieu... {départ.) Que je souffre... RICHELIEU, à part.

Ohî c'est singulier, il me semble connaître cette voix-là de vieux temps. [Haut.) Quoi ! madame, est-ce donc mon nom qui me nuit dans votre esprit ? Mais, madame, les hommes sont ce que vous les faites... Quand M. de Richelieu a le bonheur de rencontrer une femme digue d'un attachement sérieux, il est comme un autre... plus que tout autre... capable de le ressentir. Certes, je ne vous dirai pas que je n'ai jamais aimé... et, au fait, si, je puis vous le dire, je n'ai jamais aimé!

LA CHANOiNESSE, sc levant et restant près de la table.

0 mon Dieu ! Par pitié pour toutes celles qu'il a trompées, M. de Richeheu devrait retenir de pareilles vérités.

RICHELIEU, à part, en se levant, avec terreur.

Par le ciel! cette femme est un de mes vieux péchés... C'est un horrible piège ! S'il y a reconnaissance, je suis perdu ! [Haut.) Madame, dès que je vous offense, dès que je vous afflige, mon devoir n'est pas douteux, et je suis assez galant homme pour le comprendre, malgré sa rigueur. [A part. ) Gagnons pays. (// se dirige doucement vers la porte du fond qu'il ouvre.)

LA CHANOINESSE, pendant que Richelieu remonte.

Chassons cette faiblesse, et vengeons-nous un peu... Monseigneur...

RICHELIEU, au fond et prêt à sortir.

Madame...

LA CHANOINESSE

Vous ne voulez pas, sans doute, me quitter si brusquement ?

RICHELIEU

Quoi! daigneriez -vous me retenir, madame?

LA CHANOINESSE

Oui, monseigneur.

RICHELIEU, avec désespoir.

Elle daigne me retenir! [Neuf heures heures sonnent à la pendule.) Neuf heures ! l'heure oii cette jeune fille doit m'attendre ! double catastrophe !

LA CHANOINESSE

Si je vous ai bien compris, monseigneur, il y a peu d'instants vous me parliez d'amour ?

RICHELIEU

Madame, j'ai comrais eo effet cette audacieuse imprudence... et je sens que je dois me soustraire par la fuite à la tentation de la renouveler.

Il me semble que ce n'est pas à vous de fixer la limite oii vos torts doivent s'arrêter... A moi seule appartient cette délicate 'appréciation, et il serait peu chevaleresque de m'en ravir le privilège. [Marie 'parait au fond^ s'arrête un instant, et disparaît.) RICHELIEU, à part.

Marie! [Haut.) Madame, en vérité, il faudrait avoir une âme de rocher pour ne pas céder à une aussi flatteuse insistance... Vous le voulez, je reste... je m'installe ici... [il s'assied à droite) je n'en bouge plus... vous voulez que je continue de vous offenser par mon audace... je vais continuer... vous voulez que j'aggrave mes torts... je vais les agraver singulièrement...

LA CH.OOINESSE, riuiU.

Je VOUS tiens quitte pour la peur... Composons, monsieur le duc... Voulez-vous?

RICHELIEU, se levant.

Est-ce que je ne veux pas tout ce que vous voulez?

LA CHANOINESSE

Eh bien î monseigneur, si le hasard vous a livré quelque secret qui me concerne, promettez-moi de le garder. Rendez-moi au repos, a la dignité de ma vie.

RICHELIEU

Vous avt z ma ftromesse, madame. {Il va pour sortir.)

LA CH.\N0iNESSE, P arrêtant.

Un mot encore, monseigneur... Puis-je espérer que ce jeune homme, cet enfant ne souffrira pas de notre rencontre?

RICHELIEU

Ce jeune homme, qui n'est pas si enfant que vous voulez bien le dire... nous en ferons ce soir un coloneL.. Si je pouvais le nommer maréchal de France...

Vous le feriez pour sortir d'ici ?

RICHELIEU

Non, mais pour mettre sa condition au niveau de son bonheur...

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