ACTE III, SCENE IX. U
diraient, c'est un charme , c'est un sort, c'est ci, c'est ça !... Moi je crois que c'est un hasard; le fait est qu'il est pincé... En sortant d'ici j'ai entendu : crac... c'était le ressort qui partait... Làdessus j'ai pris le galop avec ma fourche , et c -mme mon gaillard me demandait du secours... je lui ai donné sa charge de bois sec, qu'il en aura pour tout l'hiver, allez !... Quand je disais que ça serait drôle !
FLORINE
Bravo ! vive Biaise ! {Biaise pa<se à la gauche deFlorine.)
LA CHANOINESSE
Grand Dieu ! mais c'est trop ! véritablement cela m'épouvante, Florine... un tel traitement à un hommede sa sorte...
FLORINE
C'est encore trop peu; tu ne connais pas le Fronsac!
Oui , mais un duc et pair...
BLAISE
Un duc et pair... Saint Biaise ! j'ai battu un duc et pair !...
FLORlNE.
.Te te dis que c'est encore trop peu !
LA CHANOINESSE
Eh bien , cours Biaise , amène-le ici.
FLORlNE.
Silence I... Le voici; monsieur Château l'aura délivré. SCÈNE IX.
LACHAN0INESSE,FR0N5AC,CHXfEAU.FL0RINE,BLAISE.
Fronsac s'avance avec un air d'incertitude, Biaise confus se retire dans un coin de la scène. Les deux femmes iic7inent d'abord leur sérieux, puis tout à coup Florine part d'un éclat de rire. La Chanoinesse se cacheté visaie dans son mouchoir: Fronsac , un moment interdit, prend son parti en brave et rit en écho.
FLORlNE, riant.
Ah ! ah !
FRONSAC
Ah! ah! Riez donc, Château, riez donc, morbleu, ou je vous 'passe mon épée au travers du corps !
CHATEAU
J'en ris de tout mon cœur, monsieur le duc. FR0NS.\c, l'iant.
Ah! ahl c'est très-plaisant... (// la Chanoinesse.) Madame... {Biaise part dhm éclat de rire tardif et isolé.) Ah ! te voilà , toi !.. . il paraît qu'où connaît l'histoire.
FLORINE
Non! monseigneur, contez-nous-la. {Elle rit.)
CHATEAC.
Ah ! ah ! si mademoiselle se fût trouvée prise avec vous, monseigneur, c'était la seconde édition des filets de Vulcain I
FRONSAC
Vous êtes absurde, Château... Approche un peu, toi, l'homme à la fourche I
CHATEAU
Approche, approche, coquin! Voulez-vous ma canne , monseigneur ?
FROXSAC.
Vous êtes absurde , vous dis-je. [Biaise qui est passé entre lui et Château.) Quels gages te donne madame chaque année?
BLAISE
Trente pistoles, monseigneur.
FRONSAC
Trente pistoles ! par la peste , je t'en donne le double si tu veux entrer a mon service 1
BLAISE
Et pourquoi faire , monseigneur?
FROXSAC.
Parbleu, pour vergéter mes habits! Je vous proteste, mesdames , que le drôle s'y connaît. (// lui jette une bourse.) Voici tes arrhes. Retire-toi.
Allons, il n'a pas de rancune. {Il sort.)
FRONSAC
Maintenant, mesdames, je vous confesse avec sincérité que je voudrais acheter votre silence, comme je viens d'acheter celui de ne garçon; mais, sans épigramme comme sans compliment, je ne connais rien au monde qui puisse payer le silence d'une femme... encore moins, hélas! quelques mots de pardon.
FLORINE
Quant à moi...
FROXSAC.
Oh ! quant à vous, madame, je sais qu'en vous demandant le silence , je vous demande Timuossible ; mais comme je serais homme à le faire pour vous , j'espère que vous voudrez bien l'essayer pour moi... J'attends la réponse de madame la chanoinesse.
LA CHANOINESSE
Avant de vous répondre, monseigneur, il faut que je sache ce que vous pensez en ce moment de l'inconnue du bal masqué.