ACTE VI, SCENE VIL
vous dise : Donnez-moi voire épée que je me défende moi-même ! . . . Et une fois qu'il vous Taura prise... il ne vous la rendra pas... et il fera bien... Encore une fois, monsieur, refusez-vous satisfaction à ce jeune homme ?
FROXSAC.
Je refuse...
RICHELIEU, à part, avec douleur.
Mon fils !... (Haut.) Eh bien , monsieur René, on vous a volé votre honneur dans ma maison... j'en suis comptable... je vous le rendrai... je me battrai avec vous...
REXÉ.
Monseigneur !
RICHELIEU
La tache qu'il fait à mon nom , je l'effacerai de ma main... [A Fronsac.) Sortez, monsieur !
Monsieur... vous êtes mon père...
RICHELIEU
Oui, et pardieu , cela est heureux pour vous ! {Fronsac sort.) SCENE VU.
RENÉ, RICHELIEU, puis ]\URIE.
RICHELIEU
Vous avez entendu, monsieur René, je suis à vos ordres.
RENÉ
Monseigneur , j'éprouve une reconnaissance profonde de la grâce que vous voulez bien me faire... mais je ne puis accepter.
RICHELIEU
Quel est ce scrupule?... Est-ce mon âge qui vous gêne?... Mais je puis vous assurer que je suis encore homme à vous faire voir du pays.
RENÉ
La lutte n'en serait pas moins inégale, monseigneur; je n'aurais pas le courage de me défendre contre mon bienfaiteur... L'honneur de votre proposition me suffit...
RICHELIEU, en allant s'asseoii' à droite. A votre guise, monsieur...
MARIE, entrouvrant la porte avec précaution. Je n'entends plus rien !... Ah ! [Elle se retire.)
RICHELIEU
Mais, tenez mon enfant... je me sens pour vous une véritable
amitié et,sijenepuis vous la prouver par un coupd'épée
je vous la prouverai du moins par un bon conseil... Vous êtes
éè LA VIEILLESSE DE RICHELIEU.
à l'âge où il est permis d'être dupe,., mais il faut l'être le moins longtemps possible.
RENÉ
Je ne puis comprendre, monseigneur.
RICHELIEU
Vous aimez une certaine chanoinesse?
MARIE, derrière la portière»
Mon Dieu!
RENÉ
Monseigneur !
RICHELIEU
Vous l'aimez ?... Allons ! il n'y a point de mal... le mal, c'est qu'elle se donne à vous pour une vertu... pour un trésor de pureté... et que vous la croyez...
RENÉ
Monseigneur... n'en parlons pas davantage, je vous prie; je n'aime pas cette dame, comme vous le pensez du moins, et...
RICHELIEU
Vous ne l'aimez pas?... c'est ce que nous allons voir... Ayez la bonté de me prendre dans ce coffret... là, à droite... un grand livre en maroquin rouge... c'est cela... dotineÉ-le-moi... c'est
une collection de dessins, de pastels, de portraits de fetumes
mes archives galantes enfm... {Feuilletant le livre) Je pourrais vous les montrer sans indiscrétion... elles sont pour la plupart méconnaissables... gracieux sourires, dont le temps a fait des rides... C'est à peine si je m'y retrouve moi-même... Et tenez, par exemple, en voici une... Qu'est-ce que c'est que ce visagelà?... c'est une méprise... jamais... fi donc! ah! pardon... {A demi-voix à lui-même.) C'est madame de Richelieu... Corinne vous pouvez le croire, mon ami, a cette exception près ou du moins j'aime à le penser... c'est là un musée de pécheresses... de Madeleines... moms le repentir. Tenez! en voici une dont le visage n'a pas trop changé... la reconnaissez- vous?
RENÉ
Grand Dieu !
RICHELIEU
Vous voyez bien que vous l'aimez 1...
RENÉ
Elle ! . . . c'est impossible ! . . .
RICHELIEU
Quand je vous le dis.
RENÉ
Monseigneur, je ne vous crois pas.