‹ ThéâtreChapitre 235 sur 462 · ACTE VI, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE VI, SCENE VIL

vous dise : Donnez-moi voire épée que je me défende moi-même ! . . . Et une fois qu'il vous Taura prise... il ne vous la rendra pas... et il fera bien... Encore une fois, monsieur, refusez-vous satisfaction à ce jeune homme ?

FROXSAC.

Je refuse...

RICHELIEU, à part, avec douleur.

Mon fils !... (Haut.) Eh bien , monsieur René, on vous a volé votre honneur dans ma maison... j'en suis comptable... je vous le rendrai... je me battrai avec vous...

REXÉ.

Monseigneur !

RICHELIEU

La tache qu'il fait à mon nom , je l'effacerai de ma main... [A Fronsac.) Sortez, monsieur !

Monsieur... vous êtes mon père...

RICHELIEU

Oui, et pardieu , cela est heureux pour vous ! {Fronsac sort.) SCENE VU.

RENÉ, RICHELIEU, puis ]\URIE.

RICHELIEU

Vous avez entendu, monsieur René, je suis à vos ordres.

RENÉ

Monseigneur , j'éprouve une reconnaissance profonde de la grâce que vous voulez bien me faire... mais je ne puis accepter.

RICHELIEU

Quel est ce scrupule?... Est-ce mon âge qui vous gêne?... Mais je puis vous assurer que je suis encore homme à vous faire voir du pays.

RENÉ

La lutte n'en serait pas moins inégale, monseigneur; je n'aurais pas le courage de me défendre contre mon bienfaiteur... L'honneur de votre proposition me suffit...

RICHELIEU, en allant s'asseoii' à droite. A votre guise, monsieur...

MARIE, entrouvrant la porte avec précaution. Je n'entends plus rien !... Ah ! [Elle se retire.)

RICHELIEU

Mais, tenez mon enfant... je me sens pour vous une véritable

amitié et,sijenepuis vous la prouver par un coupd'épée

je vous la prouverai du moins par un bon conseil... Vous êtes

éè LA VIEILLESSE DE RICHELIEU.

à l'âge où il est permis d'être dupe,., mais il faut l'être le moins longtemps possible.

RENÉ

Je ne puis comprendre, monseigneur.

RICHELIEU

Vous aimez une certaine chanoinesse?

MARIE, derrière la portière»

Mon Dieu!

RENÉ

Monseigneur !

RICHELIEU

Vous l'aimez ?... Allons ! il n'y a point de mal... le mal, c'est qu'elle se donne à vous pour une vertu... pour un trésor de pureté... et que vous la croyez...

RENÉ

Monseigneur... n'en parlons pas davantage, je vous prie; je n'aime pas cette dame, comme vous le pensez du moins, et...

RICHELIEU

Vous ne l'aimez pas?... c'est ce que nous allons voir... Ayez la bonté de me prendre dans ce coffret... là, à droite... un grand livre en maroquin rouge... c'est cela... dotineÉ-le-moi... c'est

une collection de dessins, de pastels, de portraits de fetumes

mes archives galantes enfm... {Feuilletant le livre) Je pourrais vous les montrer sans indiscrétion... elles sont pour la plupart méconnaissables... gracieux sourires, dont le temps a fait des rides... C'est à peine si je m'y retrouve moi-même... Et tenez, par exemple, en voici une... Qu'est-ce que c'est que ce visagelà?... c'est une méprise... jamais... fi donc! ah! pardon... {A demi-voix à lui-même.) C'est madame de Richelieu... Corinne vous pouvez le croire, mon ami, a cette exception près ou du moins j'aime à le penser... c'est là un musée de pécheresses... de Madeleines... moms le repentir. Tenez! en voici une dont le visage n'a pas trop changé... la reconnaissez- vous?

RENÉ

Grand Dieu !

RICHELIEU

Vous voyez bien que vous l'aimez 1...

RENÉ

Elle ! . . . c'est impossible ! . . .

RICHELIEU

Quand je vous le dis.

RENÉ

Monseigneur, je ne vous crois pas.

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