ACTE IV, SCENE VII. 6i
RICHELIEU, sévèrement.
Ahl monsieur, vous l'aimez trop!
RENÉ
Monseigneur, vous me le disiez tout à l'heure, c'est à peine si les noms dont ce livre atteste la honte sont demeurés présents à votre mémoire, bien des années se sont écoulées... Vous avez pu oublier, monseigneur... dites-moi seulement qu'il est possible que vous vous trompiez .. qu'une erreur ou une vengeance a pu glisser ce portrait parmi les autres...
RICHELIEU
Il n'y a ni erreur ni vengeance , monsieur , et ce souvenir du moins est précis... cette femme est ici a sa place.
RENÉ
Eh bien, non, monseigneur, non... malgré votre souvenir^ non... malgré votre parole, il n'y a qu'une méprise injurieuse qui ait pu afficher ce portrait dans cette galerie du déshonneur.
RICHELIEU
Monsieur, vous comptez trop sur l'excuse de votre âge, quand vous oubliez toute gratitude et tout respect... pour une intrigue de bal masqué... pour un amour banal... pour je ne sais quelle aventurière.
RENÉ
Je perdrais en effet tout respect et toute reconnaissance, monseigneur, si a celui qui traite ainsi c^-tte fpmme, je ne répondais, quelque soit son nom, qu'il en a menti. [Il descend au milieu de la scène.)
RICHELIEU pose SOU album sur le guéi^idon et se lève.
J'espère, monsieur, qu'en disant co mot -la, vous avez mis de côté vos scrupules de tout à l'heure.
RENÉ
Oui, je défendrai son honneur, même contre vous, monseigneur.
RICHELIEU
C'est bien... ainsi vous êtes prêt?
RENÉ
Demain... où vous voudrez.., à l'heure qu'il vous plaira.
RICHELIEU
Demain, non... je suis président du tribunal du point d'honneur, et je ne puis guère , en cette qualité, aller ferrailler en plein jour par les rues. Mais j'ai prévu dès longtemps ces occasions-là... J'ai fait accommoder dans mon jardin une terrasse fort convenable... Allez m'y attendre dans dix mioutes...
RENÉ
Je vous obéis, monseigneur. Mais prometttjz-moi que d'ici la.
vous respecterez cette chambre. {Il montre à gauche la chambre où est Marie.)
RICHELIEU
Eh! monsieur, voilà qui touche à la folie... sinon à l'impudence... au moment où vous allez vous battre pour une autre.
RENÉ
Vous ne voudriez pas, monseigneur, abuser de l'imprudenre d'un enfant... La jeune fille qui est là ne vous aime pas... ne peut vous aimer.
MARIE, s'élançant sur le théâtre.
Vous vous trompez, monsieur René. {René pousse un cri... Richelieu fait un geste comme pour dire : Vous voyez... et montre la porte à René, qui sort désespéré.)