‹ ThéâtreChapitre 348 sur 462 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

BENJAMINE

Pauvre garçon!

THÉRÈSE

C'est bien b nous, monsieur, que vous destinez cet argent?... et celui que deux fois déjà vous avez déposé ici ?

RAYMOND

Prenez pitié de moi, mesdemoiselles ; si je vous ai offensées, je ne m'en consolerai jamais.

THÉRi:SE.

Vous ne nous avez pas offensées, monsieur ; mais nous n'avons pas l'habitude de rien recevoir de personne.

BENJAMINE

Sans connaître les gens.

RAYMOND

Mesdemoiselles, on m'appelle Raymond ; mon père était l'intendant de cette province. . . quand c'était une province.

THÉRÈSE

D'où vous est venue l'idée de nous obliger?

RAYMOND

J'ai entendu dire que mesdames de Grantier avaient été ruinées par la mort du chef de la famille, et alors. . .

En effet, notre père, que l'on pouvait croire assez riche, nous a laissées dans la pauvreté ; mais, que vous importe cela ?. .. Que sont, pour vous, madame et mesdemoiselles de Grantier ?

RAYMOND

Si j'étais moins ti-oublé, je i^épondrais peut-être quelque chose, mesdemoiselles ; mais je ne sais ce que j'éprouve, je n'ai pas une idée à moi... Permettez-moi de me retirer, de vous présenter tous mes respects.

THÉRÈSE

Et recevez, avec nos remercîments, pour votre bienveillance, les vingt louis que, ces deux derniers . mois, vous avez eu la bonté de déposer ici. . . [Elle lui tend la bourse.)

RAYMOND

Oh ! mesdemoiselles, je vous en supplie à mains jointes, ne me chassez pas. Tenez, les idées n;e reviennent... Vous êtes seules au monde, votre père est mort, votre mère, héla;s! s'appuie sur vous. luoi, je suis orphelin, et je végète obscurément dans la ville voisine, tâchant de faire oublier que mon père était riche, puissant, et tout étonné d'avoir survécu à l'épouvan-

table tempête que nous venons d'essuyer (O'.is. Informez-vous de moi ; je suis un bon cœur, un esprit droit, une âme honnête. . . Depuis six mois que j'habite en ce ^ays, je suis heureux. Oh ! jamais homme ii'a été heureux comme moi î. .. Cela date d'un jour où je rencontrai là-bas, à la promenade du bois, un ange... mon ange gardien, de qui me sont venues toutes mes bonnes pensées, confondues dans une seule pensée. Un regard a fait cela... un rayon du ciel que j'ai vus'entr'ouvrir h mes yeux! Pardonnez-moi de vous parler ainsi, mesdemoiselles : c'est ce ;ue dirait un frère à ses sœurs chéries, et je voulais vous supplier de m'accepter pour frère !

Vous nous offrez trop, monsieur Raymond ; nous vous rendrions trop peu. L'a veuve et les filles du baron de Grantier, assez fières pour vous refuser aujourd'hui ce que vous leur avez si généreusement offert, seront demain peut-ôire sans asile et sans ressources... Le fardeau est trop lourd, ne vous en chargez pas.

RAYMOND

Oh ! vous me refusez !...

BENJAMINE

Bien reconnaissantes au fond du cœur...

RAYMOND

Mais, vous ne savez donc pas?... Le château grevé des sommes que vous avez empruntées pour payer les dettes de votre père, le château va être vendu.

BENJAMINE

Pourquoi nous dire cela, monsieur? Savez- vous que le jour où noire mère sera forcée de quitter sa maison, savez-vous qu'elle mourra ?

RAYMOND

Mon Dieu! mais qui donc veillera sur vous? THÉRÈSE, montrant sa sœur.

Moi sur elle ; elle sur moi. Mais à votre tour, monsieur, puisque vous êtes ruiné, qui vous fait assez riche pour semer l'or sur les caisses à fleurs ?...

RAYMOND

J'ai un emploi dans l'intendance militaire ; je le dois à mon protecteur, au seul ami que je possède, au commandant Morandal.

Le commandant Morandal... Ne connais-tu pas ce lîom? Benjamine...

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