ACTE I, SCENE lY
BENJAMINE
Il me semble...
RAYMOND
Vous l'aurez lu sur les bulletins de l'armée des Alpes. Oh ! celui-là est un vrai soldat; aussi simple, aussi gai qu'il est vaillant... 11 ira loin, anu intime du général Bonaparte I ils ont été lieutenants ensemble. C'est lui qui, me voyant un jour triste, découragé, me dit : «Raymond, en ce pays, les uns prient, les autres combattent. Travaille, cela vaut presque la prière, et vaut mieux que le combat... » Dieu me le conserve, et je reconstruirai peut-être la fortune de mon père. Vous le voyez, mesdemoiselles, j'ai trouvé l'ange qui m'éclaire la route, et le protecteur qui me l'aplanit.
BENJAMINE, à Thérèse,
Réponds-lui, ma sœur!... je n'aurai jamais ce courage.
THÉRiiSE.
Faites un chemin brillant et soyez heureux , monsieur Raymond. Quant à nous, résignées a n'embarrasser personne de nos souffrances, nous allons à un but que Dieu seul connaît. L'heure a passé I... notre mère va s'éveiller, c'est-à-dire retrouver tous ses chagrins!... Merci des bons moments que nous a procurés votre charmante cordialité I... Ah! n'oubhez pas cet or, qu'il nous est impossible d'accepter I... jiîais nous ne vous rendrons pas la bourse qui le renfermait; nous désirons garder un souvenir de celui qui nous a voulu si délicatement obliger... Benjamine la conservera, celle bour?e : ma mère et moi nous avons les deux autres... Tenez, monsieur , tenez... et séparons-nous 1 {Elle lui tend le rouleau.)
RAYMOND, accablé.
Oh!... (^ Benjamine, immobile.) Vous aussi! BENJAMINE, prenant vivement les louis, qu'elle md dans une bourse à elle.
Tenez, monsieur, pardonnez-moi de renfermer cet or dans une bourse à moi, que j'ai faite moi-même ; mais il serait impoli de vous le rendre autrement.
RAYMOND, prend la bourse.
Mademoiselle Benjamine!... mademoiselle Thérèse!... oh! vous ne saurez jamais toute la joie et tout le chagrin que vous venez de nîe faire!... Adieu! adieu! [Il sori.)
BENJAMINE
Ma sœur ! ma sœur! il s'en va malheureux!
THÉRÈSE
Benjamine de Grantier, avons-nous assez de bonheur pour rendre heureux qui que ce soit en ce monde ?
BENJAMIXE.
Hélas!
THÉRÈSE
Prends exemple sur moi, ma sœur... je ne veux plus aimer que toi et iiolre mère. {Elles s'embrassent.)
BE^JAMI^■E , regardant du côlc par où Raymond est parti. Oh! moi aussi ! [Elle soupire.)