‹ ThéâtreChapitre 355 sur 462 · ACTE I, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIL

CABRT.

Pardiîie ! pourquoi... un émigré pris les armes à la main... (// fait le geste de coucher enjoué.)

La baronne, douloureusement.

Oh ! le nom de ce. malheureux... .

JACINTHE

Je ne sais pas... je sais que j'allais dans le chemin devant mon cheval... pauvre bête! c'est-à-dire le cheval à grand'mère, quand je vis le père Cabry donnant le bras à un grand bel homme qui avait du sang sur ses habits.

LA BARONNE

Blessé I il éiait blessé?...

JACINTHE

Fièrement... mais il souriait tout de môme... Il s'appuyait de l'autre bras sur un vieux noiraud tout gris, une vilaine figure... Ils jasaient ensemble... Kh ! la Jacinthe, que me dit le père Cabry en m'apercevant, prête-nous ta charrette, mon enfant, pour ce pauvre monsieur qui ne peut pas marcher !... Eh ! oui... que je dis... j'ai rien à refuser à vous, père Cabry... comme aussi aux gens qui souffrent I... Bleu ou blanc, un homme est un homme, pas vrai, Cabry?...

CABuv, buvant.

Dame! oui.

LA BARONNE

Ce vieillard... tu le connais?...

JACINTHE

Le blessé l'a appelé par son nom plus de vingt fois... mais je retiens pas les nom^.. les figures, c'est autre chose.

THÉRÈSE

Continue, continue.

CABRY, buvant.

Comme c'est adroit à elle I quand elle aura fini, je n'aurai plus soif!

JACINTHE

Eh bien ! les voilà tous trois dans ma charrette... il faisait petit jour... et frais, très-frais... Il y avait encore deuxheues avant Nantes... Ce qu'ils disaient entre eux était très-beau... je me sui« endormie sous la paille... Tout à coup le cheval s'arrête... je me réveille, nous allions entrer dans la ville... Le blessé dit au vieux noiraud : Vous m'avez entendu, père... je ne sais plus, et vous aussi, brigadier... L'un de vous est soldat... l'aulre est chrétien, jurez-moi de faire ce que je vous ai deîuandé... Oui-da, qu'ils répondirent... Bon! march(^ns à présent, fit le blessé, l'idée que ma femme et mes enfants seront heureux me r^nd toutes mes forces!... Quant à vous, mon ami, n'allez pas plus loin, ne vous compromettez pas, qu'il ajouta en embrassant le vieux,

adieu ! adieu !... Le vieux gris ne se le fît pas dire deux fois, on apercevait de la troupe, et il disparut dans le faubourg... Alors le pauvre blessé descendit de ma charrette, et me regardant, avec des yeux tout doux, il m'embrassa aussi à deux bras... Chère enfant, qu'il dii, faut pourtant que je paye ta voiture!... Quand vous reviendrez, monsieur, répondis-je, moi, simple!... Oh I dit-il tout bas, je vais trop loin pour revenir sitôt, et je n'ai pas d'argent!... Mais j'y pense, prends ce médaillon, que j'avais confié au brigadier; tu en feras détacher la monture, que tu vendras, et tu le remettras ensuite au brigadier, pour qu'il le fasse pai'venir à ma famille... Il ne savait pas, le chf>r homme, que le jour même ce pauvre Cabry serait dénoncé, jeté à bord d'un vaisseau en partance et envoyé en exil, où il est mort !

CaBRY.

Hou!... {Il pleure.)

LA BARONNE, chaucelante.

Dis-lui de continuer, Thérèse.

Alors?...

JACINTHE

Alors, j'ouvris ma main et j'y trouvai un portrait avec des petits dfamants autour... l'ne goutte de son sang avait glis?é sous le verre et taché la peinture... Pour vendre les diamants, il eut fallu les enlever et risquer d'eflfacer la tache. Si quelqup jour, me suis-je dit, je rencontre le vieux grisonnant, je lui remettrai ce portrait pour la famille ! .. C'est bien a eux, ils l'ont payé assez cher!... Depuis ce temps-la, nous avons eu bien froid, bien faim, bien soif... mais nous n'avons pas vendu le portrait, pas vrai, Cabry?...

CABRY.

n doit pourtant y en avoir pour de l'argent!

BENJAMINE, avec émotion.

Voyons !

JACINTHE, tirant lentement de son fwhu le portrait et regardant Benjamine.

Oh \.^^ [Benjamine prend le portrait^ le baise et le passe à sa mère, quvtombe en sanglotant sur le bajic.)

CABRY.

Ah'

JACINTHE, lui montrant le désespoir des trois femmes. Tu ne comprends donc pas?...

THÉRÈSE

Mon pèrel mon pauvre père!

CABRY.

Tu as fait là une belle chose I

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