ACTE I, SCENE XVII. SS
montagne et blessé d'un coup de lance à la poitrine, j'ai été enlevé mourant, par des gaérillas, et jeté dans les prisons de liiirj<os, dans les prisons de rinqiiisition, Benjamine, où, pendant vii gi mois, comme vous le lirez sur mes états de service, nialgré ma blessuie, malgré la faim, malgré la soif, malgré toutes leà tortures que ces lâches m'ont fait subir, j'ai vécu, Benjamine , parce que j'avais là, à cette grilie, tenez, promis à quelqu'un de vivre et de revenir.
Oh!...
MARCELLIN
Tout le monde ici se porte bien ?... Oîi est Thérèse ? (/? veut s'avancer.)
BENJAMINE
Monsieur !... [Elle le repousse.)
MARCELLIN, aVCC UU Crî.
Ah!...
BENJAMINE
Qu'avez-vous?
MARCELLIN
C'est que vous avez heurte ma poitrine, et que je souffre encore... Savez-vous qu'hier je suis tombé sur la route, a quatre lieues d'ici ! Savez- vous que la mer m'a brisé, que je ne puis me tenir à cheval, que les cahots de la voiture me tuent, et que je suis venu de Marseille ici, à pied, Benjamine, me traînant, luttant contre chaque aspérité de chemin... comptant chacun de mes pas, pour n'en pas faire un de moms aujourd'hui qu'hier? Savez-vous qui' souvent j'ai senti ma blessure se rouvrir, le sang gll?s^'^ brûlant sur ma poitrine, et que, tout en marchant pour ne paspe.'dre une minute, jo comprimais ma blessure avec ma main crispée : — Vous mourrez ! me disaient les médecins. — Pas avant d'arriver à Grantier! répondais-je, peut-être en arrivant : Eh bien! soit ! j'aurai revu Thérèse ; je veux bien mourir, pourvu que ce soit à ses pieds.
THÉRÈSE
Il m'aime encore ! ô mon Dieu !... [Elle saiiglote,) MARCELLIN, l'apercevant.
C'est elle... c'est elle !... Thérèse, mon amour ! [Ployant qu'elle recule.) Vous aussi vous m'évitez ! Thérèse, vous détournez la. tète... Dites-lui donc, Benjamine, qu'elle est ma fiancée ; ditt'.slui que j'ai sacrifié ma vie pour avoir d'elle un sourire... Eh bien! vous ne répondez pas !.,. vous pleurez!... Mais, monDieu! qu'avez-vous contre moi?...
BENJAMINE
Par pitié, retirez-vous !...
THÉP.ÈSB, fuyant vers la maison.
Adieu î adieu î
JACINTHE, Varrétant sur la porte.
Ah! c'est-moi la première, au château, qui vous aurai appelée madame !
THÉRÈSE
Oh!
MARCELLIN
Madame ! vous êtes... maiiée?
BENJAMINE
Pardonnez-lui... si vous saviez!...
MARCELLIX.
Mariée! ... Thérèse!... ah! c'est bien lâche !... Merci, mon Dieu! je vais mourir !... {Il tombe ; Benjamine se précipite sur lui.)
TnÉRÈSE.
Et moi, est-ce que je puis vivre ! moi qui l'aime toujours !