ACTE II, SCENE I
RAYMOND
Attends donc, Jacinthe, Cabry ne fait que de partir avec fa réquisition, il en est encore à l'exeTCice, et n'a pas mémo rejoint les bataillons de guerre.
JACINTHE
Oh ! je voudrais bien qu'il les eût déjà rejoints.
DUCROC, à part.
Et moi aussi.
Pourquoi cela?
JACINTHE
Parce que j'aurais plus de chances de le voir revenir ici. {Elle
sort.)
DUCROC.
Et moi plus de chances de le voir rester là-bas... [Il fait un mouvement pour sortir aussi. Raymond lui tend un journal, Use rassied.)
LA BARONNE
Et rien sur l'Orient, la seule chose qui nous intéresse; pas un mot de TEgypte ! Il est vrai que c'est loin!... Par où va-t-on là, docteur?
AUBERTIN
Madame, par la Méditerranée, tout bonnement.
LA BARONNE
C'est étonnant que nous n'ayons pas de lettre de Morandal, je ne suis pas inquiète; mais enfin nous en recevons une tous les doux mois. Voyons, nous en avons reçu, combien déjà, monsieur Raymond?
RAYMOND
Sept, madame!
LA BARONNE
C'est cela ! il y a seize mois que Morandal est parti!... et deux au moins qu'il n'a pas donné de ses nouvelles.
DUCROG. ,
Si vous n'avez pas de nouvelles d'Egypte, j'en trouve ici de l'armée du Rhin... Hum ! hum! [Thérèse qui n'avait pas cessé de rêver^ lève la lêle tout à coup, Benjamine la regarde.)
BENJAMINE
Allons donc, monsieur Ducrocî
RAYMOND
Vous nous faites languir !.,. Vous savez bien que monsieur le colonel Dumesnil, un ami de ces dames, est en ce moment à l'armée du Rhin.
Di'CROc, lisant lentement.
Une affaire meurtrière. Huit mille hommes hors de combat;
nous avons quelques pertes à regretter ! Le colonel Dumesnil.... THÉRÈSE, à part, Ahl
BENJAMINE
Tais-toi!
RAYMOND
Benjamine a tressailli !
LA BARONNE
Eh! quoi, mon Dieu ! est-ce qu'il lui serait arrivé malheur? DUGROC, lentement.
Le colonel Dumesnil, à la tète de la 25" demi-brigade, s'est couvert de gloire. (Thérèse, après avoir passé par tous les degrés de rœnxiété, retombe dans la torpeur.)
Vous m*avez fait trembler, Ducroc; mon Dieu que vous lisez mal. Ce pauvre Dumesnil, je l'ai cru mort. Je ne vous pardonnerai jamais la peur que vous m'avez faite.... Un si charmant garçon 1... à qui nous avons sauvé la vie ; car sans nous c'était tini. N'est-ce pas, docteur?...
AUBERTIN
Assurément, madame !
LA BARONNE
Avons-nous eu du mal à fermer cette blessure-là !... combien de temps cela a-t-il duré?... Je gage que vous n'avez pas eu souvent de cures aussi difficiles... Voyons, on l'a relevé à la grille le 19 mai... il est resté ici... [Elle compte sur ses doigts.) Juin, juillet... cinq mois... avant de retourner à l'armée; n'estce pas, Thérèse? {Thérèse se tait.)
BENJAMINE
Oui, ma mère.
RAYMOND
Six mois, madame 1
LA BARONNB.
Ah! nous l'avons bien soigné; s'il nous oublie jamais, il sera bien ingrat, ce beau colonel !
DUCROC.
Soyez tranquille, madame, il ne vous oubliera pas!
BENJAMINE
Pourquoi, inonsieur Ducroc ?. . .
DUCROC.
Mais, mademoiselle, parce que monsieur Dumesnil n'est pas un ingrat. [H se remet à lire.)
BENJAMINE, à Thérèse.
Jamais il ne manque roccasion d'une méchanceté... Es-tu bien sûre qu'il ne sait rien ?