‹ ThéâtreChapitre 372 sur 462 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

RAYMOND

Attends donc, Jacinthe, Cabry ne fait que de partir avec fa réquisition, il en est encore à l'exeTCice, et n'a pas mémo rejoint les bataillons de guerre.

JACINTHE

Oh ! je voudrais bien qu'il les eût déjà rejoints.

DUCROC, à part.

Et moi aussi.

Pourquoi cela?

JACINTHE

Parce que j'aurais plus de chances de le voir revenir ici. {Elle

sort.)

DUCROC.

Et moi plus de chances de le voir rester là-bas... [Il fait un mouvement pour sortir aussi. Raymond lui tend un journal, Use rassied.)

LA BARONNE

Et rien sur l'Orient, la seule chose qui nous intéresse; pas un mot de TEgypte ! Il est vrai que c'est loin!... Par où va-t-on là, docteur?

AUBERTIN

Madame, par la Méditerranée, tout bonnement.

LA BARONNE

C'est étonnant que nous n'ayons pas de lettre de Morandal, je ne suis pas inquiète; mais enfin nous en recevons une tous les doux mois. Voyons, nous en avons reçu, combien déjà, monsieur Raymond?

RAYMOND

Sept, madame!

LA BARONNE

C'est cela ! il y a seize mois que Morandal est parti!... et deux au moins qu'il n'a pas donné de ses nouvelles.

DUCROG. ,

Si vous n'avez pas de nouvelles d'Egypte, j'en trouve ici de l'armée du Rhin... Hum ! hum! [Thérèse qui n'avait pas cessé de rêver^ lève la lêle tout à coup, Benjamine la regarde.)

BENJAMINE

Allons donc, monsieur Ducrocî

RAYMOND

Vous nous faites languir !.,. Vous savez bien que monsieur le colonel Dumesnil, un ami de ces dames, est en ce moment à l'armée du Rhin.

Di'CROc, lisant lentement.

Une affaire meurtrière. Huit mille hommes hors de combat;

nous avons quelques pertes à regretter ! Le colonel Dumesnil.... THÉRÈSE, à part, Ahl

BENJAMINE

Tais-toi!

RAYMOND

Benjamine a tressailli !

LA BARONNE

Eh! quoi, mon Dieu ! est-ce qu'il lui serait arrivé malheur? DUGROC, lentement.

Le colonel Dumesnil, à la tète de la 25" demi-brigade, s'est couvert de gloire. (Thérèse, après avoir passé par tous les degrés de rœnxiété, retombe dans la torpeur.)

Vous m*avez fait trembler, Ducroc; mon Dieu que vous lisez mal. Ce pauvre Dumesnil, je l'ai cru mort. Je ne vous pardonnerai jamais la peur que vous m'avez faite.... Un si charmant garçon 1... à qui nous avons sauvé la vie ; car sans nous c'était tini. N'est-ce pas, docteur?...

AUBERTIN

Assurément, madame !

LA BARONNE

Avons-nous eu du mal à fermer cette blessure-là !... combien de temps cela a-t-il duré?... Je gage que vous n'avez pas eu souvent de cures aussi difficiles... Voyons, on l'a relevé à la grille le 19 mai... il est resté ici... [Elle compte sur ses doigts.) Juin, juillet... cinq mois... avant de retourner à l'armée; n'estce pas, Thérèse? {Thérèse se tait.)

BENJAMINE

Oui, ma mère.

RAYMOND

Six mois, madame 1

LA BARONNB.

Ah! nous l'avons bien soigné; s'il nous oublie jamais, il sera bien ingrat, ce beau colonel !

DUCROC.

Soyez tranquille, madame, il ne vous oubliera pas!

BENJAMINE

Pourquoi, inonsieur Ducroc ?. . .

DUCROC.

Mais, mademoiselle, parce que monsieur Dumesnil n'est pas un ingrat. [H se remet à lire.)

BENJAMINE, à Thérèse.

Jamais il ne manque roccasion d'une méchanceté... Es-tu bien sûre qu'il ne sait rien ?

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