SCENE IX
BENJAMINE, puis THÉRÈSE.
BENJAMINE, à Une femme qu'on ne voit pas. Personne !... Faites ce que j'ai dit et attendez-moi dans le passage. [Elle entf ouvre le paravent pour entrer en scène.) Ma sœur est chez elle ; mon cœur bat du plaisir que je yais lui faire ! {Elle va frapper à la porte de Thérèse).
THÉRÈSE
Qui est là ?
BENJAMINE, appelant à la porte»
Ma sœur I
THÉRÈSE
C'est toi, Benjamine?
Oui.
THÉRÈSE, sur le seuil.
Je te croyais couchée, je ne t'attendais plus !
BENJAMINE
Ahl bien oui, couchée...
THÉRÈSE
Mais quels yeux as-tu donc?... comme tu me regardes! comme tu souris?
BENJAMINE
C'est que j*ai mes raisons pour sourire.
THÉRÈSE
Tu es bien heureuse I tant mieux ; entres-tu ?
BENJAMINE
Non... viens au contraire.
THÉRÈSE
Où cela?
BENJAMINE
Ici, causer un peu!... est-ce que tu ne veux pas ?
THÉRÈSE
Mais si.
BENJAMINE
Eh bien l causons ! [Elle s'appuie sur le bras de Thérèse.)
Sais-tu que je te trouve étrange. .. et que ta joie me iait peur ?
BENJAMINE
Peur î
THÉRÈSE
Tu n'as pas l'habitude d'être joyeuse quand j'ai du chagrin.
BENJAMINE
Pourquoi as-tu du chagrin?... Parce que le docteur t'a dé fendu d'aller à Fréjus.
THÉRÈSE
Hélas !
BENJAMINE
Et par conséquent de voir ce cher petit enfant.
THÉRÈSE, pleurant.
Ma sœur !
BENJAMINE
Mais moi je n'ai pas de chagrin, parce que j'ai trouvé uu moyen de ne pas aller à Fréjus et de voir notre Benjamin.
THÉRÈSE
Toi?
BENJAMINE
Un moyen bien simple, va... Veux-tu que je te l'enseigne?...
Le moyen de revoir mon fils ?
BENJAMINE
A moins que cela ne te contrarie !
THÉRÈSE
Oh!
BENJAMINE
Fh bien!... viens... viens donc !... [Elle recule jusqu'au parave7it.)
THÉRÈSE
OÙ vas-tu?...
BENJAMINE
Ne t*inquiète pas!... ce n'est pas loin... Avance encore, tiens! (Elle développe le paravent et montre le berceau.) THÉRÈSE, l'apercevant, avec joie.
Ah!... {Jvec effroi.) Ahl. .
BENJAMINE
Eh bien !... c'est comme cela que tu me récompenses?
THÉRÈSE
Ici!... tu as fait venir mon enfant ici !...
BENJAMINE
Pourquoi pas?... puisqu'on te défendait d'aller le voir làbas!...
THÉRÈSE
Dans la maison de notre mère!... dans la maison de mon