‹ ThéâtreChapitre 384 sur 462 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

mari!... Benjamine! Benjamine! oh! qu'as-tu fait, malheureuse? qu'as-tu fait?

BENJAMINE

Mon Dieu ! mais si j'ai fait mal, il ne faut pas m'en vouloir, Thérèse!... Depuis un mois, je le vois souffrir, dépérir, traîner en langueur !... tout à l'heure tu as dil que tu niourrais si l'on te séparait de ton enfant... et je ne veux pas que tu meures, ma Thérèse. Ce que j'ai fait, je le ferais encore... si c'est mal, je n'en sais rien; mais je te sauve, voilà tout ce qu'il me faut !

THÉRÈSE

Songe donc, si quelqu'un...

BENJAMINE

Personne !... N'ai-je pas pris toutes mes précautions? n*ai-je pas ordonné à la nourrice d'arriver seulement a la nuit, sans traverser le village ? ne suis-je pas allée moi-même la chercher à l'isssue du passage secret? ne l'irai-je pas reporter tout à l'heure sans être vue?... Enfin, tout ne dort-il pas dans la maison?... S'il y avait quelque chose h craindre, Jacinthe, que j'ai prévenue, ne serait pas partie!... Rassure-toi bien, ne tremble plus, fais comme moi ; et ne traite pas en étranger le cher petit qui, pour la première fois, passe le seuil de cette maison. Quand les anges nous visitent, c'est bien le moins qu'on leur fasse bon visage !... Allons, un sourire, méchante sœur ! un baiser, mauvaise mère !

THÉRÈSE, s* agenouillant devant le berceau, embrasse Venfant et en sanglotant d'une voix étouffée.

Mon enfant ! mon enfant ! mon enfant!

BENJAMINE, attendrie.

Allons, voilà que tu vas l'étoufier maintenant ou le noyer de larmes...

THÉRÈSE, se relevant, se jette au cou de sa sœur et V embrasse

ardemment.

Merci ! merci! pour moi et pour son père I...

A la bonne heure ! te voilà comme je te voulais, consolée, guérie. Parle-moi du docteur Benjamine, voilà un -praticien !

THÈKÈSE.

Oh! vois- tu, en une seconde, je viens d'oublier tout ce que j'avais souffert... il s'éveille!

BENJAMINE

J'aime mieux qu'il dorme... attends un peu... {Elle chante une chanson à Venfant qu'elle berce ; Thérèse, penchée sur le berceaUy lui sourit.)

Pour Tenfant qui veille Pour son œil si pur, La terre est vermeille Le ciel est d'azur.

(Benjamine ne cesse pas de chantera demi-voix pendant la tcène qui suit.)

SGEIVE X.

. Les mêmes, derrière h paravent ; RAYMOND, MORANDAL.

RAYMOND

Par ici, colonel, par ici... Ah! c'est qu'elles dorment... Oh f mais il faut faire une surprise complète. [Il va à la porte de droite.)

BENJAMisE, chantant.

Mais l'auge des songes Répand à flots d'or Ses plus doux mensonges Sur l'enfant qui dort.

MORANDAL.

Oui, mais il faut se dépêcher ; Bonaparte m'a donné une demiheure... il est dit que je ne vieillirai pas à Grantier 1... Après tout, une demi'heure, c'est assez pour embrasser ma femme.

RAY.MOXD.

Je vais frapper à la porte de sa chambre.

MORANDAL, montrant le paravent.

Mais dis donc ? voici de la lumière, et il me semble quç j'entends chanter ?

BENJAMINE, chontont^ Et pendant sou rêve, Cette âme sans fiel.

Souriant s'élève Et retourne au cieL

RATMOXD.

La vois de Benjamine!

MORANDAL.

Eh bien ! allons! laisse-moi passer le premier, je suis le plus pressé. (// s'approche du paravent et aperçoit les deux femmes occupées près du berceau.) Ah !... [Jwhruit quil fait, Thérèse lève la tête et V aperçoit ; elle se lève épouvantée, pousse un cri terribk.)

THÉRÈSE

Lui!... {Elle chancelle et recule.)

BE.NJAMOE.

>!on Dieu!

RAYMOND

Un enfaut!

MORANDAL.

Que veut dire cela, mademoiselle?

Page 1