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ACTE III, SCÈNE II, ^S

AUBERTIN

Que voulez -VOUS dire?

LA BARONNE

La patience me manque à la fin!... et ce rôle de statue me fatigue... L'air sombre de Morandal lorsqu'il partit, il y a un jnois, après une demi-heure de séjour au château!... Thérèse au lit depuis ce moment, fondant en larmes au moindre mot, fuyant la lumière, comme si elle en avait peur!... Benjamine, pâlie, changée, cachant sous un sourire monotone une tristesse indéfinissable !... [Le docteur veut parler.) Ne m'interrompez pas... Le petit Raymond parti si brusquement, lui qui était presque de la famille, et qui ne paraît plus s'inquiéter aujourd'hui de cel^e qu'on lui destinait pour femme! Pas un mot, pas une lettre de lui depuis c^^t étrange départ... {Benjamine se détourne et pleure.) Enfin, jusqu'à Jacinthe, disparue aussi pour aller en Bretagne, en Bretagne, où elle n'a plus ni parents ni affaires!... Tenez, ma maison ressemble à Benjamine: vous la forcez à me sourire; mais je sens là-dessous comme une froide vapeur de larmes... A force de vouloir me rendre heureuse, prenez-y garde, vous laisserez s'accumuler tant de malheurs qu'un jour, quelque chose me le dit, je n'aurai plus assez de force et tomberai sous le fardeau!...

BENJAMINE

Ma mère!

AUBERTIN , à Benjamine.

Silence ! (J la Baronne.) Vraiment, vous êtes bien ingénieuse à vous tourmenter!... Thérèse est malade ?... Eh bien! est-ce si étrange, et ne l'avez-vous jamais été?... Benjamine est pâlie, soit! mais elle veille au chevet de sa sœur depuis trente jours; on pâlireit a moins... Raymond voyage; il s'agit pour lui do rentrer dans les biens de sa famille. Un million! cela vaut-il la peine qu'on s'absente!... Quant à Jacinthe, partie en Bretagne, ce qui vous surprend si fort , elle a le mal du pays ; ce n'est pas nouveau... Les Bretons ressemblent en cela aux Suisses , moins le ranz des vaches ! Pour Dieu , vivez tranquille et n'allez pas tomber malade comme Thérèse, pâlir comme Benjamine, et voyager dans les espaces imaginaires, à la poursuite de Raymond et de Jacinthe, qui arpentent prosaïquement les grands chemins. Ai-je raison, chère petite ?

BEVAMINE.

Ah ! oui l

Il a raison... n'est-ce pas?... Eh bien I expliquez-moi donc, sayant docteur, vous qui expliquez toutes chosçs^ pourquoi j'ai

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vu, vu, entendez-vous.... il y a deux jours, rôder autour du parc... cev(jyageur, ce monsieur Raymond?

BENJAMINE

Vous avez vu monsieur Raymond?...

AUBERTIN

Serait-il vrail..

BENJAMINE

Il y a deux jours!..

LA BARONNE

Attendez! Et pourquoi un soir! voilà une semaine, a peuprès!., j'yi entendu ici! de mes deux oreilles, en montant l'escalier, la voix de Jacinthe, de Jacinthe quia le mal du pays, et qui est allée revoir sa Bretagne.

AUBERTIN

Ah!...

BENJAMINE, btts, au Docteuv, Vous savez, le jour où elle nous a apporté des nouvelles du petit Benjamin!...

AUBERTIN

Diable !..

LA BARONNE

Vous ne répondez pas?..

Bien aisément. Si vous eussiez vu réellement monsieur Ray= mond, aux environs du parc, il fût venu ici vous présenter ses respects. Si vous eussiez entendu la voix de Jacinthe, c'est qu'elle serait au château, et vous l'y verriez encore!

BENJAMINE

Assurément, ma mère ?

LA BAiiONNE, allant à Benjamine.

Eh bien ! demandez à Ducroc, à Ducroc que vous empêchez de monter ici, Berjj aminé, sous prétexte qu'il agace les nerfs de votre sœurl ce qui me paraît encore assez louche, par parenthèse !

BENJAMINE

Ma mère, ce n'est pas seulement pour cela! C'est que Tai fait de ce cabinet ma chambre, et que...

LA BARONNE

Bien, bien! On le relègue en bas! voilà qui est certain... il gêne ! Eh bien I il était avec moi ce soir-là I vous savez qu'il a l'oreille fine et qu'il devine Jacinthe d'une lieue, demandez-lui s'il ne s'est pas écrié : Mais, madame, Jacinthe est donc là-haut? je l'entends. Y.7.T}\:^mi moi cela aussi, par grâce. [Elk regarde k Docteur.)

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