SCENE m
THERESE. {Elle ouvre la porte de sa chambre, et guette le départ des précédents,)
Ils sont partis, et je suis seule 1... Oui, bon docteur, Thérèse est sauvée I... Sa maladie, c'était la douleur d'ctvoir laissé accuser une innocente, de révéler sa faute, et de se déshonorer en tuant sa mère. Elle guérira, Thérèse, et de sa douleur et de sa honte I... Dieu a eu pitié d'elle, et lui a envoyé enfin le remède à tous les maux I {Elle va ouvrir à V armoire et prend le flacon.) J'ai puisé chaque jour quelques gouttes dans ce flacon, et, du sommeil de trente nuits, je me suis fait patiemment Téternel sommeil !... 11 me fallait encore la dose d'aujourd'hui, la voici. {Elle referme l'armoire^ et vient s'asseoir près du guéridon.) Je tiens désormais le repos, le bonheur!...- Etrange destinée ! dans cette même chambre où Marcellin, pour mourir, jetait au feu les breuvages destinés à le faire vivre, moi, je viens dérober au docteur, goutte k goutte, la mort qu'il éloigne de moi... Marcellin, chère moitié de mon âme, tu vivras, et moi je meurs I Oh! sois heureux, oublie!... Non, non I n'oublie jamais celle qui, ne pouvant te consacrer sa vie, a mieux aimé quitter la terre que de donnera un autre un seul sourire volé à ton amour! N'est-ce pas, mon père, qu'elles sont layales les filles de Grantier ?... Benjamine sacrifie son honneur au repos de sa mère... Thérèse donne sa vie pour le bonheur de sa sœur 1... Le jour où mon mari reviendra, plus de frissons, plus d'angoisses!... Je n'aurai pas k mentir!... Le temps d'appuyer ce flacon sur mes lèvres, et je m'épargne la honte d'un aveu qui ferait rougir un honnête homme... La mort me garderafidèle, honorée... On m'a vue malade, on me verra m'ctoindre sans rien soupçonner... Ma mère me pleurera... Benjamine, déliée de son serment, prouvera son innocence à Raymond... Mon mari ne m'a jamais connue; il se consolera bien vite... Marcellin, le seul qui m'accuse aujourd'hui, me devinera peut-être quand je lui enverrai mes adieux et mon enfant !... Oh ! ne me maudissez pas, mon Dieu ! je ne suis pas mauvaise mère, et je vous prends à témoin que je vivrais dans la misère, dans l'opprobre, plutôt que de laisser mon enfant orphelin 1... Mais il aura son père ; mais j'ai fait tout le monde heureux autour de moi, et je crois que je puis mourir! {Elle tomhe à genoux.)