SCENE VIII
BENJAMLNE, RAYMOND.
BENJAMINE, à Raymond qui s'éloigne.
Je ne vous laisserai pas sortir, monsieur, sans vous remercier de votre générosité.
RAYMOND
Ohl mademoiselle!..
BENJAMINE
J'étais bien sûre que vous ne trahiriez pas une pauvre jeune fille...
RAYMOND
Je serais mort plutôt. Votre secret est à vous, non ci d'autres.. Adieu, mademoiselle.
BENJAMINE, à part et pleurant.
11 s'en va 1 {Elle va s'assoir sur le canapé.)
RAYMOND, revenant.
Vous vous repentez, n'est-ce pas, de m'avoir fait tant de mal ?
BENJAMINE
Oh!
RAYMOND, allant vers Benjamine.
A moi qui vous aimais tant, à moi qui croyais en vous, à moi que vous aimiez, car vous m'avez aimé un instant. On ne se trompe pas à cela , madenioispUe, et c'est là votre crime [Benjamine se lève), de lo'avoir donné une si douce espérance, pour me précipiter dans un si cruel malheiu:! et tenez, en ce moment encore, vous souffrez, vous me plaignez {Benjamine se tourne devant Raymond)., et je retrouve à la fois sur vos traits, cet amour que j'y lisais seul! cette candeur de l'innocence que
votre faute u'y a pas cteinio, et qui érlate à tous les regards ! Oh î c'est impossible! vous n'êtes ni lâche ni perfide, vous êtes la pureté, vous êtes la tendresse, vous êtes toujours l'ange gardien qui présidait à ma vie!.. Benjamine, diies-raoi que j'ai tait un rêve affreux, que vous n'êtes pas coupable, et je vous croirai! Ditesmoi tenez, dites-moi que vous avez été entraînée, fascinée, séduite, sans que votre pensée , sans que votre âme ait cessé de m'appartenir, et je vous croirai, Benjamine, et je vous remercierai à deux genoux, car je suis si malheureux, car cet amour mVst entré là si profondément, que je ne peux pas l'en arra.her sans aiTacher aussi mon cœur !
BENJAMixE, à part.
C'est trop, mon Dieu ! ayez pitié de moi î RAYMOND, se relevant.
J'ai cru avoir épuisé tous. les malheurs. Il en est un qui effacerait tous les autres; Morandal est parti pour forcer M. Humesuil à vous épouser. Benjamine, est-ce que vous aimez monsieur Marcellin ?
BENJAMINE
Vous savez bien que non !
RATMOÎÏD.
Pourquoi l'épouseriez- vous alors? J'ai votre injure a venger; je la vengerai, vous serez libre I
BENJAMINE, avec effroî.
Malheureux! taisez-vous! la vie de Marcellin est sacrée. Si Marcellin mourait...
RAYMOND, avec rage.
Avouez donc que vous l'aimez encore I... En l'épargnant, je saurai du moins que je vous rends heureuse ! * BENJAMINE, pleurant.
Heureuse ! il le croit l
RAYMOND
Depuis un mois, voyez-vous, je dévore en silence mon amour, qui me fait honte, et mon désespoir, qui me tue! S'il faut que je voie revoLir ici Morandal, ramenant Marcellin votre époux, Benjamine, je ne réponis plus de moi ! (Mouvement d'effroi de Benjamine.) Oh ! rassurez- vous, je ménagerai tout le monde I... c'est moi seul que je punirai d'être si lâche! ... BENJAMINE, vaincue.
Raymond l Eh bien!... voici ma mère! {lU s'éloignent Vun de Vautre.)