SCENE XI
THÉRÈSE, MORANDAL.
MORANDAL, prend une chaise et vient s'asseoir en face (Helle, Quel sombre visage !.. sait-elle déjà ce que j'ai à lui dire?..
avant tout, chère Thérèse, parlons de votre santé qui m'inquiète,
de votre tristesse que je ne comprends pas!
THÉRÈSE
Monsieur !
MORANDAL.
Ne m'appelez pas monsieur, voilà deux ans que nous somnies mari et femme! appelez-moi mon ami, je suis un bien sincère ami pour vous, Thérèse ! je veux être cela d'abord, votre mari! ... cela viendra ensuite. [Thérèse étend la main vers la tasse.) Vous voulez boire, je crois?
THÉRÈSE
Pas encore, merci.
MORANDAL.
Jem'étonnais de votre air préoccupé; c'est ma faute... mon arrivée si prompte...
THÉnÈSE.
Oh! non, je vous attendais...
MORANDAL.
Je ne parle pas d'aujourd'hui... je parle d'il y a un mois... Je vous ai aiûigée en découvrant aitsi involontairement le secret de votre sœur.
THÉRÈSE
De ma soeur... oui!
MORANDAL.
C'a été pour moi aussi une douleur très-vive: J'aime Raymond !,.. Je le croyais aimé de Benjamine, et cette trahison m'a révolté, je Tavoue; je me suis console , toutefois, en songeant à mon bonheur... Des deux jeunes filles, l'une était un ange d'innocence , de générosité, et c'était elle que j'avais choisie. {Thérèse se lève et prend le flaœn dans son sein.)
MORANDAL.
Ch-rchez-vous quelque chose?
THERESE
Non , j'ai ce qu'il me faut.
MORANDAL.
Cependant , quand j'ai vu que Benjamine allait être malheureuse , déshonorée , que vous soutiriez pour elle, je suis allé trouver le colonel Dî.miesnil. {TJiérèse allait verser le contenu du flacon dans sa tasse, elle s arrête.)
Ah !... vous lui avez dit ?...
MORANDAL.
Tout. Il a hésité d'abord ; mais c'est un homme d*honneur ; il a fini par reconnaître ses torts et il a promis de les réparer...
THÉRÈSE
Il a promis...
MORAJNDAL.
D'épouser Benjamine et de faire ainsi notre bonheur à tous.
THÉRÈSE, à part.
C'est bien... à moi de le délier d'un pareil serment! {Elle verse le flacon dans sa tasse.)
MORANDAL.
Qu'est-ce que cela ?
THÉRÈSK.
Mon calmant de chaque jour... Continuez... vous avez donc sauvé l'houneur de notre familiGl {Mlle prend kt tasse pour boire el s'arrête aux paroles de Mor^vAël.)