SCÈNE IV
BENOIT
Je suis encor des mieux portants ; Parfois, pourtant, je nie rappelle Avoir des dispositions...
VINCENT
Aux fluxions, Oppressions?...
BENOIT
Non, mais aux indigestion*.
VINCENT
A propos, ma femme est morte.
BENOIT
Ah! la mienne aussi.
VINCENT
Bah! quand donc?
I BENOIT
Il y a dix huit mois.
VINCENT
Dix-huit mois! Voilà aussi dix-huit mois que je suis veuf.
BENOIT, riant.
Oh! c'est plaisant, la même année!...
VINCENT, riant aussi.
C'est ma foi drôle; quand elles se seraient donné le mot...
BENOIT
Ainsi te voilà veuf.
VINCENT, reprenant son sérieux.
Hélas! oui. Ah! mon ami, quand on a été trentecinq ans marié, qu'il est dur de se trouver garçon du jour au lendemain, et isolé avec dix enfants.
BENOIT
Dix enfants?
VINCENT
Tout autant, et j'en aurais onze, si le dernier, qui était le plus jeune, n'était pas mort.
BENOIT
Il faut remercier le ciel de tout. Ah çà! et ton commerce d'orfèvrerie ?
VINCENT
Ça ne va plus, mon ami. La mort de ma pauvre défunte m'a tué. Elle savait si bien appeler son monde.
BENOIT
Que veux-tu! un mari et une femme ne sont pas pour vivre éternellement.
VINCENT
Il faut bien que quelqu'un commence, c'est vrai.
BENOIT
Et autant vaut que ce soit...
VINCENT, s'égayant.
C'est ce que je me dis tous les jours.
En ce cas, touche-là, et consolons-nous ensemble.
VINCENT
Volontiers. Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui?.'
BENOIT
Ce que je fais?
VINCENT
Oui, où dînes-tu?
BENOIT, ;i part.
N'allons pas lui dire... ce ne serait pas le compte de Madelon.