SCÈNE XX
LE CAPORAL
Chez qui avez-vous pris ce couvert ?
VINCENT
Chez un orfèvre de mes confrères, pour l'offrir à mon ami en l'honneur de saint Boniface, son patron, dont c'est aujourd'hui la fête.
BENOIT, courant l'embrasser.
Gomment, mon vieux, c'est pour moi ?
LE CAPORAL
Silence ! comment vous appelez-vous ?
BENOIT
Benoît .
LE CAPORAL
Benoit ! justement le couvert est marqué d'un B.
VINCENT
Parce que je l'ai fait graver à son nom. Et, bien mieux, et comme mon ami s'appelle Étienne-Boniface Toussaint, je voulais faire mettre E. B. T.
LE CAPORAL
Silence ! (A Vincent.) Pourquoi couriez-vous si vite quand nous vous avons arrêté ?
VINCENT
Pour ne pas me laisser couper les oreilles par mon ami Benoît.
BENulT.
Couper les oreilles ?
MADELON, à part.
Hai ! hai ! hai !
LE CAPORAL
Mauvaise défaite ! Allons, allons chez le commissaire, qui en décidera comme bon lui semblera.
IdG LE DINER DE MADELON
TOUS LES AUTRES
Chez le commissaire !
MADELON
Eh hien ! non, non, non... il n'ira pas, et puisqu'on s'ohstine à tourmenter ce pauvre cher homme, je vous déclarons qu'il n'y a pas d'autre coupable ici que Thérèse-Marie-Jeanne Madelon, votre servante.
BENOIT
Comment donc ça?
MADELON
Comme je devions avoir la valissance de diner aujourd'hui avec vous, en célébration de vot' fête, s'il ne v'nait personne vous demander la soupe, M. Vincent étant arrivé, l'idée m'est venue, pour le dégoûter du dîner, de lui faire accroire que vous aviez d'temps à autre l'envie de couper les oreilles aux gens. Vlà c' que j' vous déclarons véritable sur not' honneur, et, Dieu marci, j'en ons... demandez à tout le monde.
VINCENT
Oh ! pour le coup tu peux te vanter d'avoir joliment joué ton rôle, car tu m'as fait une peur!...
HENOIT.
Comment, friponne, avec ce petit air nitouche.
MADELON
Fiez- vous y... Vous savez ben qu'il n'y a pas pire eau que l'eau qui dort.
LE CAPORAL
Allons, toutes les parties entendues, je vois que, tant tués que blessés...
BENOIT
Il n'y aura personne de mort, que cette bouteille de