SCÈNE II
JENXY.
Certe, il est bien heureux que je sois aussi bonne.
MADAME SAIXYILEE.
Voilà, mon cher'Blincour, une tète bretonne Que vous dirigerez bien difficilement.
JE. NX Y.
Je veux, et je le dis très positivement, Que de monsieur Blincour la tendresse constante En nulle occasion pour moi ne se démente; Dans cinquante ans enfin, je veux trouver en lui Toutes les qualités qu'il possède aujourd'hui.
MADAME SA'XYILLE.
Je veux! oh ! de ce mot, crois-moi, perds l'habitude...
L'hymen est pour la femme une école un peu rude.
Moi, je voulais aussi; mais je m'aperçus bien
Que l'art de tout avoir est de n'exiger rien.
Un époux est un maître orgueilleux de son règne,
Qui, tout en nous cédant, veut encor qu'on le craigne.
Un ordre le révolte, un désir le réduit.
Il ne faut que cacher la main qui le conduit.
Au reste, mon enfant, quelques mois de ménage
Bientôt sur tout cela t'instruiront davantage.
JEXXY.
Bientôt ?
MADAME SAINVILLE
Oui, je le croi?,
JEXXY.
Mon père est donc bien près?
MADAME SA1XYILLE.
Et même beaucoup plus que je ne l'espérais.
JEXXY.
Que j'aurai de plaisir à le voir ! Mais, peut-être, Aurons-nous tous les deux peine à nous reconnaître,
Car, lorsqu'il nous quitta, je n'avais que cinq ans.
MADAME SAINVILLE
Vingt fois il te pressa dans ses bras carressants.... Puis à mes tendres soins confiant ta jeunesse, Du plus prochain retour il me fit la promesse.... Il partit... J'ai fait tout pour embellir ton sort. Tu vas avoir seize ans, et je l'attends encor.... Mais, mon enfant, j'oublie, en parlant de ton père, Que j'ai chez le ministre une visite à faire.
.IENNY.
C'est vrai.
MADAME SAINVILLE
Va me chercher mon voile.
IENNT.
Quoi! toujours Ce vilain voile !
MADAME SAINVILLE
Va. te dis-je, va.
IENNY.
J'y cours.
Mais je n'y conçois rien : toi, qui jamais n'en portes, Depuis notre arrivée....
MADAME SAINVILLE
Oui, des raisons très fortes M'obligent d'en agir ainsi; j'ai mon projet.
.IENNY.
Son projet ! qu'est-ce donc? parle....
MADAME SAINVILLE souriant.
C'est mon secret.
.IENNY.
Des secrets pour ta fille ! ah ! quelle défiance! Tu ne me fais jamais la moindre confidence;