‹ ThéâtreChapitre 168 sur 290 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

SAINVILLE, seule, immobile et comme pétrifié.

De sa mère ! grands Dieux !... L'ai-je bien entendu?... C'est sa mère !... Quel trouble en mon cœur éperdu !... Quel espoir!... Car voilà le portrait de ma femme, C'est bien lui!... Je ne sais où j'en suis... Et mon âme De mille sentiments agitée à la fois... Quoi ! cette aimable enfant dont la touchante voix, Dont la douce candeur m'exprimait sa tendresse, Serait !... Je ne puis plus contenir mon ivresse !... Et ces traits qu'à mes yeux un voile, chaque jour, Dérobait avec soin... étaient ceux!... ah! quel tour !

Il est piquant pour moi!... Mais il est bien aimable Oui, courons aux genoux d'une femme adorable . Et trop heureux époux, après dix ans d'erreur, Par l'aveu de mes torts, méritons mon bonheur !

(II entre chez madame Sainville, sans entendre Blincour qui l'appelle.)

SCEXE XIX

BLINCOUR, seul, arrivant au moment où Sainville entre chez madame Sainville.

Monsieur le Colonel !... Il ne veut point m'entendre. Ah ! dois-je supporter que Ton ose entreprendre?... Que dis-je !... Jenny m'aime, et cela me suffit... Si pourtant je pouvais entendre ce qu'il dit •

(Il écoute.)

Rien... Je voudrais au prix de ma fortune entière, Pour mes menus plaisirs, voir de quelle manière, Le fat reçoit le prix de sa présomption, Et jouir pleinement de sa confusion.

Pour réprimer l'orgueil où leur âme se livre, Il faut à ces messieurs parfois apprendre à vivre. Quel triomphe pour moi ! Quelle leçon pour lui ! Certe, il se souviendra de celle d'aujourd'hui... Mais il ne revient pas... Elles ont eu, je pense, Le temps de châtier vingt fois son insolence. Ah , si je survenais, comme il serait puni . Eh, quel ménagement dois-je avoir pour celui Qui s'est fait un plaisir d'alarmer ma tendresse ? Oui, pour l'anéantir, il faut que je paraisse... Entrons... Mais le voici...

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