SCÈNE XXI
Je dois en convenir; mais ce portrait...
JENNY
Hé bien?
BLINCOUR.
Vous le reconnaissez?
JENNY
Sans doute, c'est le mien.
BLINCOUR.
Je le tiens de Monsieur. (Montrant Saisine.'
JENNY, souriant.
Tant mieux, et je désire Qu'il ne vous quitte plus.
BLINCOUR.
Ce perfide sourire Est un nouvel affront.
JENNY
Je le dis franchement.
On vous le destinait, dans un autre moment. . .
BLINCOUR.
Et moi, je vous le rends, il ne peut plus me plaire.
SA IN VILLE
De mieux en mieux, Blincour, voilà du caractère.
Cette noble fierté qui décèle un grand cœur,
A mes yeux, mon ami, vous fait vraiment honneur:
Et je vais vous donner la preuve de l'estime
Que m'inspire pour vous ce dévoùment sublime.
MADAME SAINVILLE, à part.
Qnel est donc son projet?
SAINVILLE
Vous avez quelque bien, Des talents et des mœurs... Moi, par un doux lien,
Possesseur, autrefois, d'une femme charmante, Qui, malgré mes erreurs, m'est encore présente, Je lui dois une fille, à qui pendant seize ans, Elle a su prodiguer les soins les plus constants. Grâces, talents, douceur, en un mot, tout en elle, Brille au même degré que chez mademoiselle... Je vous offre sa main.
blincour.
Je devrais l'accepter.. .
JENNY
Acceptez-la, Monsieur; pourquoi donc hésiter?
BLINCOUR.
Vous me le conseillez ?
SA INVILLE.
Mon amitié, je pense, Vous donne les moyens d'une douce vengeance.
JE.NNY.
Acceptez donc, Monsieur.
Quoi ! c'est votre désir.
JENNY
Si vous saviez combien vous me ferez plaisir ! . . .
SAINV1LLE, à Blincour.
Vous l'entendez? peut-on plus loin pousser l'outrage? On rit de vos serments et l'on vous en dégage... Nourrirez- vous encore un amour dédaigné ? Votre coeur de ce trait n'est-il pas indigné. C'en est trop... Malgré vous, je veux guérir votre âme; Je vous donne ma fille, et voilà votre femme.
(Il met la main do Jenny dans celle de Blincour.) BLINCOUR, dans la dernière surprise.
Ma femme ! qui? Jenny ?