SCÈNE XX i
BLINCOUR, révolté.
Et c'est moi qui l'ai fait !
SAIN VILLE
Vraiment ? il est parlant.
Vous avez là, mon cher, un fort joli talent.
BLINCOUR.
C'en est fait; je ne prends que ma fureur pour guide. Pour la dernière fois je vais voir la perfide. Lui jurer que jamais...
SAINYILLE.
Bon ! au lieu de jurer, Blincour, arrangeons-nous.
BLINCOUR.
Pouvez- vous l'espérer?
SAINYILLE.
Écoutez-moi. Je suis dans mon jour de fortune... Oui, par une faveur qui m'est assez commune, Deux coeurs, d'un même trait, blessés tout à ]a lois, Ne me laissent ici que l'embarras du choix; Et je ne sais encor, tant j'ai le don de plaire, Qui me chérit le plus ou la fille ou la mère.
BLINCOUR.
L'ai-je bien entendu?... madame d'Hérigny?..
SAINYILLE.
Est à moi, cher Blincour.
BLINCOUR.
Je suis anéanti !
SAINYILLE.
Oh ! c'est une aventure, unique, inconcevable !
Mais vous allez encor traiter cela de fable;
Nous nous sommes tous deux reconnus, sur-le-champ,
Pour avoir eu jadis, l'un pour l'autre, un penchant. Bref, sans avoir pour elle une brûlante flamme.. . Je l'aime encore assez pour en faire ma femme; Mais moi, je fus toujours un rival généreux, Et je serais fâché de me voir seul heureux: Entre nous, mon ami, partageons la famille. Je prends pour moi la mère et vous cède la tille.
BLINCOUR.
Je la refuse-
SAINYILLE.
Bien, bien, de la dignité.
(Madame Sainville et Jenny paraissent.) BLINCOUR.
Quoi ! lorsque je me vois dupe de ma honte, Je serais assez faible, assez vil, assez lâche... Non... j'impose à mon cœur une pénible lâche.. Mais je saurai prouver du moins, en m'éloignauL Que l'on ne m'offensa jamais impunément.