‹ ThéâtreChapitre 76 sur 290 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

décidez-vous : à quand le mariage ? voilà un an que la chose trame, il est temps que cela finisse.

MADAME ROUSSEL

Je vous l'ai déjà dit trente-six fois, M. Blanchet, si j'apprenais que mon homme est décidément mort, ça serait avec plaisir, mais, jusques-là, rengainez.

RLANCHET.

Rengainez..., rengainez..., vous n'avez que ça à me dire. Il me semble pourtant que vot' homme, qui s'est embarqué y a trois ans pour l'autre monde, et dont on n'a eu ni vent ni nouvelle, peut bien passer pour trépassé.

LE BAILLI, occupé de sa pèche.

Çà ne mord pas.

MADAME ROUSSEL

C'est vrai qu'ça m'étonne toujours qu'il n' m'écrive pas s'il est mort ou vivant.

LE BAILLI, toujours occupé de sa pèche.

Comment diable le prendre ?

MADAME ROUSSEL

C'est l'affaire d'une ligne, et quand on le veut bien...

Air : J'étais bon chasseur autrefois.

Comment pouvez-vous si longtemps, Douter qu'vot'homme ait rendu l'àme Quand il n"a pas mis d'puis trois ans D'iettr' à la poste pour sa femme ;

MADAME ROUSSEL

Mais d'queu pays qu'vous r'venez donc, Et ces preuv's-là que prouvent-elles?

Combien d' maris ben vivants dont Leurs femmes n'ont jamais d'nouvelles.

LE BAILLI, toujours occupé de sa pêche.

Ah le voilà I

BLA.NCHET

Ah! belle Manon ! si j'avais celui d'être le vôtre, ce ne seraient pas les nouvelles qui vous manqueraient.

LE BAILLI, tirant le poisson.

Gomme il frétille !

BLANCHET

Et rien que la galanterie que j'ai z'eue de vous amener à Etretat, pour vous tirer de vot' merlan... de vot' mélancolie, ça vous fait ben voir de quoi je s'rais capable pour vous, si vous m'étiez moins barbare.

MADAME ROUSSEL

Oui, joli chien d'plaisir que vous me donnez là, de m'amener dans le port où c'que mon pauvre Cadet s'est embarqué avec le théâtre de l'Estrapade, pour aller jouer la tragédie dans les lantilles.

BLANCHET

Oui, et qu'il l'a jouée si ben, qu'au lieu de faire le tyran, il a fait le plongeon.

MADAME ROUSSEL

Il aurait bien mieux fait de faire fortune.

BLANCHET

Eh bien ! moi, je vous en offre une toute faite, madame Roussel.

MADAME ROUSSEL

J'sais bien, M. Blanchet, que vous n'êtes point z'à court.

BLANCHET

En conséquence, décidez-vous.

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