SCÈNE III
LE BAILLI, seul.
Je le crois parbleu Lien, que l'on me verra à la foire... sans cela, où serait'cet ordre, cette décence, ce calme, qui doivent nécessairement régner dans toutes les cohues ? C'est qu'avec des fous pareils, il ne faut pas plaisanter. Heureusement la nature m'a doué d'une figure et d'un esprit, qui ne sont rien moins que joviaux, et qui, joints à la dignité et à l'habit dont je suis revêtu, ne manqueront certainement pas d'en imposer à ceux qui auraient l'intention de se tromper de poches... A propos de ça, j'ai oublié de demander à ces artistes forains, s'ils avaient entendu parler de ces trois vagabonds, que le bailli du village voisin m'a signalés comme perturbateurs du repos public, écornifleurs de vieux vins et de jeunes filles, et enfin mauvais garnements capables de tous les tours de passe-passe possibles, pour arracher quelqu'argent aux gens assez confiants, ou assez sots pour les croire. Eh! bien qu'ils viennent; je les croirai, moi. Mais, n'oublions pas que voici l'heure où j'ai coutume de me livrer ;t l'exercice que mon docteur m'a prescrit pour ma santé, et en attendant que mes garnements viennent se prendre dans mes filets, voyons si quelque poisson voudra mordre à ma ligne.
(Il va s'asseoir sur le bord de la mer et il pèche )