‹ ThéâtreChapitre 94 sur 290 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les précédents, MANON, BLANCHET.

(La musique continue, la foule entre dans la baraque, Pierrot et Gilles reçoivent l'argent, la tapisserie s'entrouve et laisse voir Cadet-Roussel dans la cuve ; il est défiguré par une barbe et une chevelure vertus. une énorme queue de morue s'élève au-dessus de l'eau. Manon et Blanchet doivent être bien en vue.)

Air : Vive le vin de Ramponeau.

Ah! quelle espèce De poisson, Et quelle barbe épaisse !

Aurait-on cru qu'un esturgeon Avait de la barbe au uientou ?

Non.

pierrot.

Messieurs, remarquez ses cils, Ses dents, et ses sourcils Et son nez et sa bouche.

GILLES

Craignez qu'il n' vous fasse mal,

Car c'est un animal

Qui mord dès qu'on le touche.

CHOEUR

Ah, quelle espèce de poisson, etc.

(Cadet veut parler, Pierrot tire la corde qui aboutit à son menton, et lui fai'. plonger la tète dans l'eau.)

PAILLASSE

Messieurs et dames, cette forme extraordinaire, cet extérieur rare et unique, ce physique incomparable enfin, sont l'effet de l'hasard, l'ouvrage de la nature ; nos talents n'y sont pour rien, et pour quant àc'qu'est d'çà, nous ne réclamons pas un zeste de votre admiration ; mais, messieurs, ce qu'on ne peut nous disputer, c'est le talent dont cette bête est pourvue, et qu'elle ne doit qu'à nos peines et à nos veilles, secondées par son intelligence et son instinct naturels... car il en a, vous allez en juger, messieurs et dames ; un peu de place s'il vous plaît.

'La fanfare reprend.) MANON.

Mon Dieu, quelle grimace !

«LANCHET.

Chien d'Esturgeon ! ah ! que t'es laid ! qu'fes laid ! qu't'es laid !

(Ici la fanfare reprend.)

PAILLASSE, à Cadet.

Air : Ali! qu'il est drôle.

Riez à tous les assistans. (Cadet rit.)

TOUS

Ah ! qu'il est drôle.

PAILLASSE

Baillez et montrez hien vos dents.

(Cadet le fait.) TOUS.

Ah ! qu 'il est drôle.

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