ACTE
L F. lî A R < > N .
Qiiolilue cruelles que soieut vos paroles, madaine, je vous dois encore de la gratitude pour ce consentement. Il est dicté par votre dévouement à Madame Royale. Seulement^ il m'eût été doux de l'obtenir de votre générosité.
LA BARONNE
Si mes paroles sont cruelles, monsieur, n'en accusez que i'étrangeté de notre situation, qui suffit à les justifier. Quand, après dix années d'abandon, vous venez faire appel à mes sentiments, n'ai-je pas le droit de me montrer sévère?... A moins, cependant, que vous n'ayez ù m'accuser d'avoir mérité...
LE BARON
A Dieu ne plaise, madame, que j'élève la voix pour accuser!... Je fais amende honorable sans restriction.
LE JIARQUIS.
Allons, ma chère, qu'il avoue ses torts, et n'en parlons
plus, (ils s'as-eyenl dans le même ordre.)
LE BARON, prenanl UBe chaise.
Vous avez raison, m(jn oncle, et j'espère que cet aveu me disculpera beaucoup à vos yeux. Fiancés dès le berceau, uniquement parce que nous étions parents et que nos intérêts de fortune l'exigeaient, notre mariage s'accomplit comme une destinée irrévocable. Yoiis aviez seize ans, moi vingt-deux ; la fiancée était toujours pour moi la petite fille, je n'étais pour vous que l'ancien compagnon de vos jeux; cl quand on nous conduisit à. l'autel, nous étions deux enfants, l'amour n'était pas du cortège, (n s'assied.)
LA BARONNE
Vous VOUS trompez, monsieur, car je vous aimais, moi.
LE BARON
Oui, VOUS m'aimiez, mais je ne vis dans cet amour calme et pur que la froideur d'une affection fraternelle; et, pour mon mallieur, mon cœur avait déjà, depuis longtemps, d'autres liens.
LE MARQUIS
Ail 1 la belle raisdu pour ne pas aimer sa femme!
26 Li: RHTOLU DU MAHI
I\ BARONNE
Mon ourle I...
LE MARQLIS.
Ma chère, de mon temps, si l'on n'avait pas ce que vous appelez des principes, on en avait au moins un : c'était d'être 11' mari de sa femme, d'abord. — l/li\ iiitn satisfait, si l'on sacriliait à l'amour, ce n'était qu'après s'être mis en rèjile pour sa postérité.
LE BARON
Aussi, mon oncle, était-ce jikis qiv'un amour qui m'entraîna, c'était presque une réparation.
LE MARQLIS.
Une réparation ?
LE UARON.
ôni. A dix-huit ans, vous le savez, j'allai aux Antilles pour surveiller nos propriétés. Notre liabitalinii, à la Martinlipie, louchait à celle de monsieur de Cliaulieu, (pii, peu après mon arrivée, mourut, laissant orpheline une lillc de seize ans.
LE MARQLIS.
Je comprends.
LE UARO.N.
Vous n'étiez alors (|u'une adorable enfant, madame. D'autres sont infidèles au passé, moi je fus infidèle à l'avenir.
LA UARON.NE.
Mais, monsieur, puis<]uc vous aimiez mademoiselle de <;haulieu, i>ourquoi ne ré|)ousates-vous pas?
Li; IIARON.
Jt- !<• Vduliis, car mon mariage avec mademoiselle de Ohaulieu était un devoir.
Li: Il AUui is .
Ah! mademoiselle de Chaulieu...
LE IIARON.
Elle était mère!... Je revins ?i Londres afin d'obtenir le ••on>eiili-mciit de mon |MTe; il me le refusa, il était déjà frappé, viiiis le savez, de relh; niiille maladie r|iii fut niie lonfjue agonie de deux années... Il m'implora, me supplia de