‹ ThéâtreChapitre 109 sur 292 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

tenir la parole qu'il avait donnée à volrc jnèrc... 'Je résistai longtemps. Mais, que vous dirai-je, madame, vous étiez assez belle pour faire pâlir un souvenir; je crus vous aimer, et je vous épousai.

Ainsi, monsieur, vous m'aimiez? et pourtant...

LE BARON

On n'explique pas les faiblesses du cœur, madame. Dieu m'est témoin que je croyais avoir effacé du mien cette passion dont vous fûtes victime... Mais il y restait le remords! Une lettre m'arriva, qui m'apprenait que mademoiselle de Chaulieu mourait de mon .abandon... Je vous quittai, fou de douleur, je m'embaniuai pour la Martinique, espérant sauver celle que ma faute avait tuée!... Elle mourut un an après, me laissant un enfant de six ans, qui n'avait que moi pour soutien, pour protecteur.

LE MARQUIS

Je conçois tout jusque-là... mais là est la faute...

LE BARON

Que fallait-il faire? j,'étais ruiné.

LE MARQUIS

11 fallait revenir en France, morbleu! te refaire le mari de ta fenune... La belle raison qu'une ruine!

LE BARON

Et ma fdle, mon oncle, pouvais-je l'abandonner?

LE MARQUIS

Ah! dame!...'

LA BARONNE

Notre sitiuation est étrange, monsieur, et, vous en conviendrez, exige» une délinition bien nette de nos rapports à l'avenir. Ma vie s'est passée loin de vousj vous-même l'avez dit : nous sommes devenus presque étrangers l'un à l'autre...

LA BARONNE

Je ne vous accuse pas, monsieur, je constate. Pour le monde, vous revenez d'un long voyage ; pour moi, vous re-

us U: HlilOlK m MAKI

vcne/. (lu l'uiiil ilo iiinn inijsi', iiuuiimi, pnrtaiil le lidc dr, mari... et fort îles droits qu'on apiiaroiire je vous rends...

LE BAUO>.

Je vous eonnirends, madame; devenu étranj-'or dans ma pro jire maison, et cela jiar ma tante, j'y suis un liote et non pas un époux. Vous aeeuoillez le voyajjieur au foyer qui fut 1^ sien, il ne peut demander rien île plus ; et, (luelle ([ue soit votre décision, je dois m'y .>iiiuniettre. (ils se lèvent.)

LE M.vngiis.

Bien, Henri, bien, voilà (jui est parler... .\llons, mes enfants,* le même sanji coule dans vos veines. Si vous n'avez pas été amants, si vous ne pouvez être é[)on\'. soyez amis... et de vos anciens malheurs, l'aites-voiis un iMiolieur tout neuf; oublions le passé qui s'enfuit sans laisser de traces... Oublions...

LE Il.VUON.

Pardon, mon oncle, ce passé que vous voulez que nous oubliions m'a laissé un souvenir vivant, à moi.

LE MAUyllS.

Ah: diable! Oui, tafdle... Eh bien?

LE BARON, albiil lenlcmcDl près de la llaruiiuc.

Me comprenez-vous, madame?...

LA ItAKONNE.

LE DAKON.

iNous n'avons \»oinl d'enfant, madame, cette Heur du foyer domesti(iuc; ma lille n'a que moi au monde, voudricz-vous nous séparer?

LA IIAKONISE.

nue me demandez-vou.s, monsieur?

LE BAnON.

.le vous demanile conmie une f^ràce, connue un gajic de pardon, de lui servir de frière... Klle est bonne connue vous... elle est bellf comme vou>;... aurais-ji; trop compté sur votre ca'ur? !a rcponsscriez-vous?

Page 1