‹ ThéâtreChapitre 161 sur 292 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

LE BARON

Cette métaphore signifie que ma femme avait un amant?

LE MARQUIS, se levant.

Ah! Halte-là! mon cher, tu vas trop loin... et puisque aussi bien l'évidence te crève les yeux... je ne te cacherai rien. — Pendant que tu courais la prétentaine, observant en garçon les mœurs des peuples, je veillais sur ta femme, moi, fidèlement!... Enfin, tu étais mon neveu ! ... Je n'eus d'abord qu'à consoler cette naïve abandonnée qui t'honora de deux années de larmes... mon rôle était facile, alors... mais passé ce temps de regrets... plus que convenable, il me fallut faire sentinelle contre les amants... Tu sais que la nature ne m'a pas doué d'une dose bien exagérée d'innocence. . je manque peut-être un peu d'ingénuité.

LE BARON

Oui, oui, je le sais... continuez.

LE MARQUIS

Pendant longtemps, je réussis à étouffer l'efflorescence de ce jeune cœur... J'arrachais sans pitié le moindre petit bourgeon d'amour, et n'en laissais fleurir aucun... (J'ai des métaphores champêtres aujourd'hui.) On t'attendait toujours, mais, ma foi, Jane atteignit vingt-sept ans, âge terrible pour les femmes... et toute ma ruse échoua... JNéanmoins, comme je m'étais passionné dans- cette lutte de la rouerie contre la poésie, de la vieillesse froide contre la jeunesse amoureuse, j'essayai de sauver, au moins, l'honneur du pavillon; je conseillai le divorce, et je mis le mariage en perspective. — Je recommande ce dernier trait à ton attention. Pour gagner du temps, je me flatte que c'était habilement trouvé.

LE BARON

Et vous saviez qu'ils s'aimaient?

LE MARQUIS

Parbleu ! si je le savais !... je puis même dire que je les admirais...ces bons petits jeunes gens. ..qui attendaient naïvement ta mort ou un divorce... pour se marier... Innocence biblique., vertus que mon jeune âge n'a pas connues !

LE BARON

Ainsi, je ne puis plus douter ? '

02 LE IU:T0U!1 Dlj .M.VJU

LE MAUULIS.

Mais, le diable m'emporte, bi, à la façon dont tu le prends, ou ne te croirait amoureux de ta femme!... Fais-y attention, mon cher.

LE B.VRON.

Eh! mon oncle! oui, je l'aime!

LE MARQLIS, cbalii.

Bah! — En ce cas, te voilà bien loti, mon pauvre ami. Voyons... sérieusement?...

LE BARON

Oh! riez, si vous le voulez, de ma faiblesse. Oui, j'aime cet esprit noble et lier que je n^avais pas deviné. Enlin... j'aime ma fennne!

Je ne ris plus, car j'avoue que ta position n'est pas belle..* Mais ta femme est encore plus à plaindre que toi.

LE BARON

Oui, vous avez raison... Tenez, je suis fou. (ii s'assied à droite.) Je ne puis accuser Jane... mais comment vivre l'un près de l'autre désormais? Que faire, mon oncle?

LE .M A II QUI s.

Que diable veux-tu que je te conseille, mon cher? je ne m'y roconiiais plus, moi, dans louf cola. De mon temp.s, le ma]ia;ie était liiie plaisanterie imiocente qui ne yènait personne. Vous en avez fait une chose sérieuse. Vous avez remplace un mot burlesque par un j,'ros mot, tiré du Code, qui déshonore bel et bien, fleoriies Daudin ne fait plus rire, et sa femme est montrée au doi|it. Ce retour à la vertu antique n'est, certes, pas à dédai^'ner; il rend à la famille ce caractère sacré que nous lui avions laissé perdre. Mais... mon cher, cela exige une certaine réciprocité dans les devoirs... que tu as méconnus.

LE BARON

Oui, et je suis bien jinni, car je; ne vois pas d'issue à mon malheur.

LE MARtJUIS.

Ah! parbleu! c'est la situation de tous les ménages défaits ;

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