‹ ThéâtreChapitre 184 sur 292 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

LE BARON

Ah ! mon enfant! le coup qui me trappe est bien cruel !... Ah ! le ciiâtiment !

ANDRÉE

Que dites-vous ? — Aii ! relevez- vous, vous êtes trop haut placé parmi les gens d'honneur pour que de telles fautes puissent vous atteindre.

LE BARON

Tais-toi! tais-toi, car tu ne sais pas.

ANDRÉE, avec fermeté.

Dites^Boi tout, mon père! Ne suis-je pas votre tille? iNe m'aimez-vous donc plus ? Auriez-vous un malheur dont je ne puisse réclamer ma part ? Ou bien est-ce moi que ce malheur atteint ?

LE BARON, se levant.

Oui, je dois tout de dire, car, aussi pour toi, le moment est solennel. Il s'agit de ton bonheur, de ta vie, peut-être. Je dois t'éclairer... 11 me faut ce courage, je Taurai.

ANDRÉE

J'écoute, mon père, j'écoute.

LE BARON

Ton esprit n'est pas celui d'une femme ordinaire, ma fille, et je puis te dire, à toi, des choses que ton âge devrait ignorer. Tu vas décider de ton sort. Que mon exemple te serve... Étouffe les battements de ton cœur, meurs s'il le faut, mais ne transige pas avec ta raison, si tu ne veux pas faire le désespoir de ta vie. Tu vois cette maison... vide d'affections... veuve de bonheur... Eh bie.nl tu vois les suites d'un mariage que l'amour n'a pas noué... C'est une chaîne aux deux bouts de laquelle deux êtres sont rivés et qui ne les unit pas... mais qui les empêche de -se séparer... Tu vois l'isolement dans la famille, mari d'un côté, femme de l'autre... Eh bien! je tremble que ce sort ne devienne le tien.

ANDRÉE

Mon père!... Ah! j'entourerai Contran de tant d'amour!... Son cœur est noble et (broit comme le vôtre, et j'ai confiance en lui... comme en vous.

120 , LE KKTOUK D L: MAUI

LK BARON, allerrc.

Comme en moi!... Eli bien!... si je le disais... que dans ce malheur qui m'accable... c'est moi (jui suis coupable?

ANDRÉE

Que dites-vous?

LE BARON

La vérité; je m'accuse pour t'éclairer... Tu as toujours cru que je m'étais marié après la mort de ta mère... je l'étais auparavant... J'ai abandonné t'einnie et famille... pour suivre le penchant de mon cœur...

ANDRÉE

Vous vous calomniez.

LE BARON

Non!... j'ai failli... et je fus mauvais époux... Et j'étais bon, pourtant!... Oui, les principes d^honneur et de vertu étaient dans mon âme... mais j'aimais... et mon châtiment commence... .Je suis frappé dans tout ce qui m'est cher... Je me débats dans les inextricables nœuds dune position bâtarde... où ma dignité succombe... Vois le maliieur de cette femme qui fuit ma maison... emportant, comme un trait dans son cœur, un amour criminel...

ANDRÉE

Ah! c'est cITrayant, mon père.

LE BARON, devenaDt solennel.

Eh bien, ma fille... du milieu de ce désastre... il me faut décider de ta vie... J'attends celui que tu aimes... il l'a aimée... Songe à ton avenir... s'il l'aimait encore!

ANDRÉE, d'un Ion rusolu.

Mon père, mon bonheur est aussi le vôtre, je lésais... Ne vous alarmez pas d'une faiblesse passagère... Suivez votre cœur, je me soumettrai.

LE BARON

Bien !

LE DOMESTIQUE, annonçant iln foiil.

Monsieur le comte de Presme.

ANDRÉE, loiil émue.

Lui !

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