‹ ThéâtreChapitre 202 sur 292 · ROLAND, ROBERT · texte numérisé non relu

ROLAND, ROBERT

ROLAND, tombant assis sur une chaise.

Ouf!... défends donc à ta femme de jamais prononcer ici ce nom de Renée, elle me met dans des transes... horribles.

ROBERT

Si vous croyez qu'on fait taire une femme sans lui donner les raisons du silence qu'on lui demande...

ROLAND

Mais moi je suis sur le gril... Il me semble toujours que ta belle-mère va deviner...

ROBERT

Oh! elle est à mille lieues de soupçonner son mari...

ROLAND

Mais enfin, elle me soupçonne, moi, qui ai servi de paravent à ce diable de Lirmay.

ROBERT

Comment, vous?

ROLAND

Oui, moi... C'est agréable, pour un homme qui a quelque pudeur!

ROBERT

Mais j'ignorais...

UOLANI».

Parbleu !... lalîaire est restée secrète entre Lirmay, sa

ACTK I n

femme et moi ; cela s'est passé il y a deux ans... avant ton mariage.

ROBERT, s'asseyant près de Rolaiid.

Bah!... Contez-moi donc ça.

ROLAND

Tu sais que ton beau-père a fait de Renée... sa maîtresse... C'est joli, hein? —Et tu soutiens les mœurs, toi I... Enfin !

ROBERT

Mon Dieu ! pour vous plaire... je conviendrai volontiers que j'ai un beau-père... un peu vif.

ROLAND

Tu me fais bouillir, avec ton sang-froid ! En vérité... on dirait que je te parle des amours... du Grand Turc!

Non, non ! quoique, à la rigueur... on pourrait... Enfin, continuez...

ROLAND

Eh bien ! tu sais aussi que Renée a demeuré quelque temps chez madame de Lirmay?

ROBERT

Oui, c'était une amie de pension de ma femme...

ROLAND

C'est cela. Elle était sans famille, sauf un cousin, qui, allant chercher fortune en Amérique, était heureux de lui trouver un asile. Renée était jolie. Ton beau-père, qui a des principes... comme un singe... fit naturellement le galant près d'elle... Elle était vive, ardente, romanesque, il trouva amusant d'en faire son camarade. — Il l'emmenait galoper tout le jour à travers bois... ou bien, c'étaient des rêveries

14 I. A SFXONDE JEUNESSE

nocturnes dans le parc... sous prétexte d'admirer les astres et de réciter des vers à la lune...

ROBERT

Pauvre lune !

nOLAND, se fAchnnt.

Sois donc sérieux!... En somme, on ne pouvait leurreprocher que des extravagances. Mais, une nuit, au retour d'une de leurs escapades, madame de Lirmay les surprit.

ROBERT

Ali ! et qu'arriva-t-il ?

Tu vos le voir. Je me trouvais ce jour-li au château. Je dormais comme un homme paisible. Ton diable de beaupère, que Tienne démonte, me réveille en sursaut à quatre heures du matin, me raconte l'alTaire, ajoute que, par bonheur, il a eu le temps de s'enfuir, sa femme ne l'ayant pas reconnu dans l'obscurité... à tout hasard, il lui a dit que j'étais le galant.

ROBERT

Dame, en tout cas, c'était le mieux.

ROLAND

Ah! tu trouves cela tout simple?... Renée était au désespoir, sa justification lui sembltit impossible, elle avait jierdu la tC-le, voulait partir, n'osant plus reparaître devant madame de Lirmay. Dref, il fallut me lever à l'aurore...

liOliF. RT.

Comme un homme vertueux!

ROLAND

Hum !... comme un chevalier errant ou comm(! \m somnambule, enlevant la belle, qui, de toute farori, ne pouvait

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