‹ ThéâtreChapitre 218 sur 292 · ROBERT, DUPRAT · texte numérisé non relu

ROBERT, DUPRAT

ROBERT

Dis donc, parfait notaire, tu permets que je vaque à mes soins domestiques?

DUPRAT

A ton aise.

ROBERT

Sais-tu que tu as très-bien fait d'être venu ? Tu ressembles à la fortune, mon cher, on ne te trouve pas, on te rencontre... J'ai passé à ton étude il y a tro s jours... Bah! tu courais parla ville.

DUPRAT

On t'a prié de m'attendre.

Attendre?... Impossible !... ami,... je suis trop occupé.

DUPRAT

Occupé, toi !... et à quoi, bon Dieu?

ROBERT

A quoi?... Tu le demandes, toi qui m'as marié de tes propres mains. — Ah çà ! fabricant d'hyménées, t'imagines-tu que tes victinies n'ont plus rien à faire qu'à tourner leurs pouces et à lire la Patrie, une fois que tu les as unies à perpétuité ?... à quoije suis occupé ?... A être heureux !... c'est une carrière, va ! A quoi ? à aimer ma femme I Si tu crois

que c'est une sinécure !... cela me prend vingt-quatre heures par jour, net.

DU PUAT.

Je te plains ! Tu dois maigrir à la peine...

ItOBEHT.

Oui, je maigris ! comme un vrai soldat !... sans murmurer. (Duprat rit.) Mais, profane célibataire que tu es, tu ne sais pas ce que c'est qu'une place de mari!... Une vraie place à tout faire! Il faut que je fasse tout, que je sache tout; je deviens une encyclopéjie, ma parole d'honneur !... Je sais attacher un ruban, conseiller une toilette, je suis jardinier, je suis berger... je suis même mouton.

DUPRAT

Pauvre ami.

ROBERT

Je puis dire qu'il n'y a pas de gouvernement servi comme ma femme... Tu fais des actes, toi; moi, je sers des fantaisies, je garde le cœur de ma femme dans du coton, je le dorlotle, je le berce : voilà deux ans que cela dure... il n'a pas crié une fois!... Inoccupé!... j'aime ra, i)ar exemple ! Inoccupé... comme une nourrice, oui ! luoccuiié !.., j'ai des occupations... par-dessus la tête.

DUPRAT

Oli ! oh! voilà un mot... risqué!... pour nn mari.

ROBERT

Crois-tu? Eii bien! je me le passe! Nous sommes tous comme cela... onlln !

DUPRAT

Mais, dis-moi, as-tu le temps d'être sérieux, parfois?

ACTK I 35

ROBERT

Sérieux! Comme tu tombes! tu me prends par mon fort... le sérieux, c'est mon triomphe.... Essaie.

DUPRAT

Eh bien ! tant mieux ! je venais justement pour cela... pour essayer.

ROBERT

Parle. Au fait, c'est vrai ; ta cravate a quelque chose de solennel ; tu es intimidant comme un papier timbré, mon cher; tu es recueilli comme un officier ministériel qui voudrait fonctionner... Yeux-tu que nous fassions mon testament... pour nous amuser?

DUPRAT

Non; écoute-moi seulement — Tu croisa ma vieille amitié, n'est-ce pas ?

Oh ! cela... c'est sérieux. Oui, j'y crois.

DUPRAT

Tu connais mon dévouement pour monsieur de Lirmay. C'est grâce à sa famille que j'ai pu acquérir ma charge...

ROBERT

Oui, et tu es de ceux qui portent fièrement leur reconnaissance.

DUPRAT

Eh bien I mon cher, monsieur de Lirmay est en ce moment menacé d'un grand danger... et je dois t'avertir, dans son intérêt même.

ROBERT

Allons I encore un duel, je parie... Mais non... je l'aurais su... c'est moi qui lui sers d'a^.ii dans ces cas-là... je ne

dis pas de conseil, car... mon beau-père... Ali I j'ai le plus étonnant des beaux-pères !

DUPRAT

Non, ce n'est pas un duel... c'est plus grave pour lui... Je sais qu'un coup d'épce lui importe peu...

ROBERT

Très-peu... d'autant moins que c'est ordinairement lui qui ne le reçoit pas... au contraire !... Il a toujours vingt ans ce diable d'homme ! Il n'y a que les femmes et lui pour ne pas vieillir ! — Tu connais ses fredaines aussi bien que moi...

DUPRAT

Oui, oui ! Ah ! c'est un vert-galant t

ROBERT

Trop vert... et trop galant ! C'est-à-dire qu'il y a des moments... où je me demande s'il n'est pas mon gendre t... Il est étonnant! Alors, je devine... Tu viens m'apprendro qu'il est un peu ruiné, n'est-ce pas ?

DUPRAT

Huml... un peu... beaucoup.

ROBERT

Aïe ! n'allons pas à passionnément !... Malheureux, jette ta marguerite !... Enfin... que lui reste-t-il ?

DUPRAT

De sa fortune... rien. Sur la fortune de sa femme, il a déjà engagé cinquante mille francs.

ROBERT

Diable I Tu as le mérite d'être clair et concis, toi !..^ Comment, il en est là ?

Oui.

ACTK 1 37

ROBERT

Eu es-tu bien sûr?

DUPU AT.

Je suis son notaire. Sa fortune était en biens-fonds, j'ai dû faire les actes, et tu aurais appris (out cela, si tu avais lu ce que tu as signé, il y a trois jours, chez mol, avec la femme.

ROBERT

Ouf!... Est-ce tout ce que tu as d'agréable à m'annoncer ?

DUPRAT

Pas tout à fait... Il reste la chose qui m'amène.

ROBERT

Encore ?

DU l'U AT.

As-tu vingt-cinq mille francs ?

RO BERT

Vingt-cinq mille francs !... Est-ce que je sais, moi !... Tu as des demandes qui vous cassent bras et jambes. Le diable m'emporte'!... tu me ferais perdre la tête !... Je suis tranquille comme un lac... très-occupé... mais tranquille... tu bouscules mon bonheur, tu m'éclabousses de nouvelles sinistres... Vingt-cinq mille francs !... Pour quoifaire, vingtcinq mille francs ?

DUPRAT

Un certain huissier de ma connaissance m'a prévenu ({u'il va poursuivre monsieur de Lirmay pour un billet de cette somme,^ qu'il a souscrit en règlement d'un mémoire de tapissier;, pour des meubles fournis à mademoiselle Renée de Nareuil. Ton beau-père a fixé le payement du billet chez elle... Il n'a pas payé. J'ai Heu de croire qu'il ne trou-

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vera pas l'argent, et j'ai vou'u l'avertir, aliii dévitor un scandale fâcheux.

Je lui ferai prêter par mon oncle. Timitloinnii.) Est-ce luutr

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