I.IIOIAV
l'iiuiiani...
ACTK H o5
R E N K E , avec tristesse.
N'insistez pas; si vous étiez libre... mais si vous étiez libre, nous n'auricuis pas besoin de mystère.
LIKJIAY, lui prenant les mains.
Renée ! . . . encore cette idée ?
RENEE.
Toujours !... vous savez que c'est mon seul chagrin.
L IRMA Y
Ne parlons pas de cela; ou [ilulùt .. si, parlons-en, pour vous justifier à vos yeux, — Vous, esprit si indépendant mais si juste, vous savez bien qu'en dehors de ces grands devoirs qu'on voudrait toujours respecter, il y a des aspirations qu'on s'efforcerait eu vain d'étouffer. Pendant six mois, vous m'avez vu ici, près de vous, luttant contre mon cœur... Je vous voyais chaque jour; que pouvait la raison?... Il fallait bien vous aimer... Mais enfin, cet amour si profond, si sincère que vous en avez eu pitié, il a été mon salut ; vous saviez qu'il m'arracherait à cette vie de désordres qui m'entraînait à ma p,erte... N'ayez donc pas de remords, car vous m'avçz sauvé.
RENÉE
Bien vrai?
LIRiMAY.
Oui, je vous le jure, et je courais un grand danger! Je m'égarais dans ces faiblesses indignes qui avilissent le cœur; j'étais emporté par ce désir de vivre qui nous saisit parfois, nous autres hommes, au déclin de notre jeunesse. L'heure où nous voyons apparaître le premier cheveu blanc est une heure latale ! On ne quitte pas sans regrets l'amour ni le iirintemps, on se rattache aux derniers beaux jours ; on voudrait épuiser ces joies auxquelles il faut dire adieu ; l'âge est là qui vous presse, on n'a plus le temps d'aimer,
5i LA SECONDI' .ll-UM'SSE
on ramasse les plaisirs là où ils s'achètent ; ou si. par nialhi'ur, votre cœur n'est pas mort, c'est pour soulTrir dansées tristes amours des vieillards où Arnolphc est tmijours berné par Horace... à moins qu'il ne rencontre une Agnès comme vous, qui lui rond la jeunesse dans ce qu'elle a de plus précieux... le bonheur d'être aimé.
RENÉE
Mon ami...
LIKM.W.
Allons, enfant, laissez ces scrupules... Est ce notre faute, si le monde est mal fait, et si les affections les plus vraies sont parfois condamnées ? Croyez-moi, l'amour élève et purifie tout... laissez-vous vivre heureuse.
RENÉE, avec un soupir.
Enfin!... j'y tâcherai...
LIKMAV.
Rien ne nous séparerait, n'est-ce pas?
Pourquoi cette idée?... Voyons, vous avez quelque peine que vous voulez me cacher.
Lin M AV.
Eh bien, oui, j'ai une vague inquiétude.— Depuis quelque temps... je vous vois triste de ne pas recevoir de nouvelles... de Julien...
RENÉE
C'est cela qui vous trouble, mon ami ? pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt?... Vous savez que je n'avais jamais osé avouer à Julien... la vérité sur ma vie; mais il m'a annoncé son retour comme possible cette année, et... dans ma dernière lettre... il m'a f;illu le courage de tout lui dire... sauf votre nom, que je n'oserais lui révéler. — Voilà pourquoi j'attends une lettre avec anxiété.