SCÈNE IV RENÉE, JULIEN
JCLIEN.
Qu'as-tu?,., tu es tremblante...
RENÉE, très-agilee.
Julien, j'ai cru à ton pardon complet, absolu; j'ai cru que tu m'épargnerais en ne soulevant pas le voile que je veux jeter sur ma honte. Mais ce que tu ne m'as pas demandé à moi, tu l'as demandé à d'autres.
JULIEN
Qui t'a dit?...
RENÉE
Je le sais, tu le vois.
JULIEN
Eh bien ! oui, j'ai voulu t'épargner toute explication. Mais... n'ai-je pas un devoir à remplir?
RENÉE, de même .
Non, je t'en supplie ! ne cherche pas à pénétrer dans ce passé. Tu ne peux rien pour moi, je suis perdue.
J ULIEN, avec calme.
Mais si tu as aimé un honnête homme... pour lui, tu n'es pas déchue ;"■ s'il est riche, tu l'es aussi par moi. Je te donne toute ma fortune, il peut t'épouser.
RENÉE, cuusternée.
,Que dis tu?
134 LA SECONDK JEUNESSE
JILIKN.
Tu n'es pas, ce me seinltlc, de ces filles qu'on séduit, qu'on paye et qu'on quille.
RENÉE
Julien !
JULIEN
Je ne ferai rien dont ton orgueuil ail à souH'iir... mais laisse-moi du moins chercher à te relever.
RENÉE
Ah ! je ne veux ni réhabilitation ni vengeance ! Il n'est plus pour moi de bonheur que dans l'oubli.
JULIEN, avec dignité.
Ce n'est pas le bonheur que je t'offre, c'est l'honneur.
Julien, il ne s'agit que de moi, et...
JULIEN
Que de loi?... Mais est-ce que je neporte pas ton nom?... Écoute, Renée, aujourd'hui je n'ai que deux routes à suivre : ou te mépriser en l'abandonnant pour n'ètro pas ton complice, ou montrer que ton honneur valait (luehiue chose en l'abritant du mien... Choisis.
RENÉE
Ah ! je n'avais pas prévu .
JULIEN
Tu n'avais pas prévu ? Mais quand une femme commet de pareilles fautes, est-ce qu'elle n'y engage pas tous les siens? Un mari, des enfants, un frère qui doivent la défendre?... H n'y a pas de milieu dans ces situation^; puur rester digne, il faul protéger la femme ou la renier.
ACTK IV 135
RENÉE^ suppliante.
Julien, oui, c'est vrai; mais prends pitié de moi, lu me brises... Je t'en conjure par tout ce que je te dois...
JULIEN, avec chaleur.
Crois-tu que mon cœur ne saigne pas? Mais sache donc tout : j'avais mis en toi ma vie, mes espérances de bonheur; je souiïre toutes les tortures de la jalousie !...
RENÉE
Julien !...
JULIEN
Je veux te marier, te donner à un autre... et je t'adore !...
RENÉE, avec terreur.
Que dis-lu... Julien !... tu m'aimes?...
JULIEN
Oui... je t'adore !...
RENÉE
Mon Dieu! qu'ai-jefait !... Malheureuse!...
JULIEN
Comprehds-tu, maintenant, que je veux ta réhabilitation ou ma vengeance?...
RENÉE
Oui, mais je l'en supplie, un éclat, songes-y donc!... révélera ce qui est resté secret jusqu'à ce jour. On ignore . tout.
JULIEN
Mais il est un homme qui sait, lui !
RENÉE, avec desespoir.
Son inlérêtmême lui commande le silence.
JULIEN
Mais toute la famille de monsieur de Lirmay?,..
RENÉE, l'implorant.
Ils se tairont, je te le jure... La réparation est impossible.... Je meurs à l'idée d'un duel...
M.\D.\ME RENAL' II, ciilraiil il aiiiiniiranl.
RENÉE, auerrée.
Klle!...
JULIEN
P'aites entrer.
RENÉE, éperdue.
Oh! je ne veu\ pas la voir... je mourrais do honte.