‹ ThéâtreChapitre 285 sur 292 · SCÈNE IV RENÉE, JULIEN · texte numérisé non relu

SCÈNE IV RENÉE, JULIEN

JCLIEN.

Qu'as-tu?,., tu es tremblante...

RENÉE, très-agilee.

Julien, j'ai cru à ton pardon complet, absolu; j'ai cru que tu m'épargnerais en ne soulevant pas le voile que je veux jeter sur ma honte. Mais ce que tu ne m'as pas demandé à moi, tu l'as demandé à d'autres.

JULIEN

Qui t'a dit?...

RENÉE

Je le sais, tu le vois.

JULIEN

Eh bien ! oui, j'ai voulu t'épargner toute explication. Mais... n'ai-je pas un devoir à remplir?

RENÉE, de même .

Non, je t'en supplie ! ne cherche pas à pénétrer dans ce passé. Tu ne peux rien pour moi, je suis perdue.

J ULIEN, avec calme.

Mais si tu as aimé un honnête homme... pour lui, tu n'es pas déchue ;"■ s'il est riche, tu l'es aussi par moi. Je te donne toute ma fortune, il peut t'épouser.

RENÉE, cuusternée.

,Que dis tu?

134 LA SECONDK JEUNESSE

JILIKN.

Tu n'es pas, ce me seinltlc, de ces filles qu'on séduit, qu'on paye et qu'on quille.

RENÉE

Julien !

JULIEN

Je ne ferai rien dont ton orgueuil ail à souH'iir... mais laisse-moi du moins chercher à te relever.

RENÉE

Ah ! je ne veux ni réhabilitation ni vengeance ! Il n'est plus pour moi de bonheur que dans l'oubli.

JULIEN, avec dignité.

Ce n'est pas le bonheur que je t'offre, c'est l'honneur.

Julien, il ne s'agit que de moi, et...

JULIEN

Que de loi?... Mais est-ce que je neporte pas ton nom?... Écoute, Renée, aujourd'hui je n'ai que deux routes à suivre : ou te mépriser en l'abandonnant pour n'ètro pas ton complice, ou montrer que ton honneur valait (luehiue chose en l'abritant du mien... Choisis.

RENÉE

Ah ! je n'avais pas prévu .

JULIEN

Tu n'avais pas prévu ? Mais quand une femme commet de pareilles fautes, est-ce qu'elle n'y engage pas tous les siens? Un mari, des enfants, un frère qui doivent la défendre?... H n'y a pas de milieu dans ces situation^; puur rester digne, il faul protéger la femme ou la renier.

ACTK IV 135

RENÉE^ suppliante.

Julien, oui, c'est vrai; mais prends pitié de moi, lu me brises... Je t'en conjure par tout ce que je te dois...

JULIEN, avec chaleur.

Crois-tu que mon cœur ne saigne pas? Mais sache donc tout : j'avais mis en toi ma vie, mes espérances de bonheur; je souiïre toutes les tortures de la jalousie !...

RENÉE

Julien !...

JULIEN

Je veux te marier, te donner à un autre... et je t'adore !...

RENÉE, avec terreur.

Que dis-lu... Julien !... tu m'aimes?...

JULIEN

Oui... je t'adore !...

RENÉE

Mon Dieu! qu'ai-jefait !... Malheureuse!...

JULIEN

Comprehds-tu, maintenant, que je veux ta réhabilitation ou ma vengeance?...

RENÉE

Oui, mais je l'en supplie, un éclat, songes-y donc!... révélera ce qui est resté secret jusqu'à ce jour. On ignore . tout.

JULIEN

Mais il est un homme qui sait, lui !

RENÉE, avec desespoir.

Son inlérêtmême lui commande le silence.

JULIEN

Mais toute la famille de monsieur de Lirmay?,..

RENÉE, l'implorant.

Ils se tairont, je te le jure... La réparation est impossible.... Je meurs à l'idée d'un duel...

M.\D.\ME RENAL' II, ciilraiil il aiiiiniiranl.

RENÉE, auerrée.

Klle!...

JULIEN

P'aites entrer.

RENÉE, éperdue.

Oh! je ne veu\ pas la voir... je mourrais do honte.

Page 1