ACTE III
(Elle se lève.) Ah ! tiens, je n'ose pas penser ù ce qu'il sem-
l)'ait nie dire! (Ele passe à ganclie.)
LA COMTESSE
Pauvre Fiamnia!
Si lu voyais comme il est beau ! comme l'iionncur brille clans ses yeux ! comme son visage reflète la noblesse de son âme I Mon mari était là, oigueillcux et fier de son fils, cnnfiaut dans sa tendresse. Moi, j'étais avec mon amant, et je rougissais.
LA COMTESSE
Fiamma, tu te calomnies; si quelqu'un doit rougir devant ton enfant, c'est ce père qui l'a fait orphelin.
FIAMMINA.
Mais non, je t'ai trompée, je t'ai menti à toi comme à tous, je l'ai calomnié pour m'absoudre.
LA COMTESSE
Mais pourtant tu m'as dit...
FIAMMINA.
Je t'ai dit que je m'étais séparée parce que j'étais m-^lheureuse. J'étais malheureuse, c'est vrai, mais parce que je n'avais pas de cœur. 11 est des femmes qui abandonnent leur mari, leurs enfants pour suivre un amant; moi, je n'aimais pas. Mes succès m'enivraient; je voyais dans mon mari un obstacle à mon avenir, j'ai méconnu le dévouement sublime, l'amour sans bornes dont j'étais entourée ; je rêvais la liberté, je rêvais... Eh ! que veuxtu que je te dise, tu vois bien que j'étais folle, puisque j'ai quitté mon enfant! (r.;ii! s'assie.i à gauche.)
LA COMTESSE
Pauvre Fiamma! je te plains!
riAMMINA.
Oui, plains-moi; car, six moisaprî'S, cette liberté tant rêvée m'appaïut ce qu'elle était, une évasion dans le désert, et je me truuvai bien seule, va!... mais il était trop tard. Alors, je me jetai en aveugle dans celte vie de théâtre à laquelle j'avais tout sacrifié, je comprimai mon cœur, je vécus de bruit, d'agitations, de vanités, je m'étourdis, enfin.