‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 107 sur 216 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

D'abord, pourquoi Tas-tu invité à déjeuner, sans me le dire?

JUDITH Parce que j'ai le droit d'inviter ici qui je veux.

MICHEL

Ahi tu as été bien inspirée... Mais tu ne peux pas te passer de lui; c'est vrai, il est toujours fourré ici... et même, quand il y a du monde, comme tout à l'heure encore, vous trouvez moyen de vous isoler. Qu'avez-vous donc de si intéressant à vous dire ? que complotez-vous ?

JUDITH

Nous ne complotons rien. Vowenberg est un garçon très intelligent, très cultivé... J'éprouve beaucoup de plaisir à causer avec lui... Je le trouve très agréable.

Oh! je sais bien. Et puis, il a avec toi des façons qui me déplaisent, il est beaucoup trop familier; il te fait la cour, et ça t'amuse.

JUDITH Il ne me fait pas du tout la cour.

MICHEL, entre ses dents.

Sale juif M

'■ Après la répétition générale, la censure a demandé que l'on supprimât ces deux mots. Nous les avons donc supprimés, bien qu'à cette place, ils eussent moins la valeur d'une injure que d'une locution dont les Israélites eux-mêmes sourient et plaisantent entre eux. Aussi bien, il ne faut pas perdre de jug-ement que nous sommes, à ce moment, dans la discussion et dans les nerfs, et que Michel, directement atteint, ne peut avoir la politesse d'un idéologue.

JUDITH

Bien, très bien, c'est parfait... tous les juifs sont des sales juifs... Ah! tu as des moyens de discussion bien français, toi, à la bonne heure... Alors, tu le détestes simplement parce qu'il est juif?

MICHEL

i^e me fais donc pas dire des choses pareilles! Est-ce que je déteste Lazare Hœndelssohn?

JUDITH Tu as commencé par ne pas l'aimer.

MICHEL

Non, je ne l'ai pas aimé tout de suite ; mais j'ai bien vite reconnu sa culture supérieure et la noblesse de son caractère.

C'est encore heiu^eux.

MICHEL

De telles qualités, Vowenberg ne me donnera jamais l'occasion de les reconnaître en lui. Mais, il ne faut pas toucher à Vowenberg. et tu l'aimes précisément pour la même raison que, selon toi, je le déteste, parce qu'il est juif!

JUDITH

Absolument.

MICHEL

Tu es en admiration devant lui, devant son outrecuidance insupportable, son insolence tumultueuse, son arrivisme féroce, sa... sa méchanceté et ce don supérieur qu'il possède d'être antipathique. D'ailleurs, pour toi, il n'y a que les juifs qui soient intelligents, qui aient de

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