SCENE III JUDITH, MICHEL
JUDITH Je viens d'écrire à Vowenberg.
MICHEL Pourquoi faire?
Pour lui faire des excuses.
MICHEL Pas en mon nom, j'espère.
JUDITH
Je ne tolère pas que l'on traite mes amis de cette façon; que ce soit la dernière fois, n'est-ce pas ?
MICHEL Tes amis ne sont pas les miens.
JUDITH
J'en suis fâchée. En tout cas, j'ai exprimé à Vowenberg tous mes regrets que cette scène ridicule, grotesque, se soit passée chez moi.
MICHEL
Pardon, chez nous.
JUDITH Peu importe!
MICHEL
D'ailleurs, ce qui est arrivé là est bien de ta faute.
JUDITH De ma faute? Oh! ça, c'est trop fort!
MICHEL
Certainement... certainement. Quand la discussion a pris cette tournure, au lieu de l'apaiser, de la détourner, de te taire tout au moins, tu n'as fait que l'envenimer!
JUDITH
Je te l'ai déjà dit: il y a certaines choses que je ne peux pas entendre passivement et de sang-froid.
MICHEL
H y a d'autres choses que je ne laisserai jamais dire devant moi... Vowenberg avait besoin d'une leçon... il ira porter ailleurs ses provocations.
JUDITH
H n'a pas été provocant, il a dit des choses très justes. C'est toi qui, maintenant, ne sais quoi inventer pour excuser la mauvaise humeur. Il est facile, pourtant, d'en deviner la véritable cause. Tu as appris que ta femme allait se remarier, alors, ça t'a donné une crise de traditionnalisme. Parbleu! c'est toujours la même chose.
MICHEL Il ne s'agit pas de ma femme, il s'agit de Vowenberg.