ACTE TROISIÈME
JUDITH
Tu exagères!
MICHEL
Oh! à peine. Ils se sont installés ici, indiscrets, encombrants, bruyants, sans gêne... C'est un flot envahissant, débordant... Ton médecin est juif.
JUDITH
Aussi, je me porte bien.
Ton avocat est juif.
JUDITH Il ne me donne que de bons conseils,
MICHEL
Ton couturier est juif, et ça se voit!... tes fournisseurs sont juifs.
JUDITH
Mieux, meilleur marché.
MICHEL Tout, tout est Juif autour de moi!
JUDITH
Tu es injuste, Michel, mes domestiques ne sont pas juifs; mais mon amant le sera, si c'est ça que tu veux!
MICHEL
Ce que je veux, c'est que ça cesse, parce que j'en ai assez, entends-tu? j'en ai assez!... Je suis las de recevoir chez moi tous ces gens pour qui je suis l'adversaire et qui, par leurs ricanements, salissent tout ce que je respecte.
C'est vrai, ils ne savent que ricaner... ils ont même inventé le ridicule du courage...
JUDITH
Us ont raison... il y a des courages ridicules. Quant à moi, j'en ai assez de tes mauvaises humeurs et de ton injustice!
Et, ce qu'il y a de plus inquiétant, c'est que tu es avec eux contre moi. Tu n'as jamais compris combien c'est irritant, exaspérant, quand on aime une femme...
JUDITH Ah! parlons-en de ton amour!
MICHEL
Oui, quand on aime une femme, de l'entendre vanter et exalter sans cesse les gens qui sont le plus différents de vous, car tu n'y as mis aucune discrétion, aucun ménagement.
JUDITH
Tant pis pour toi, si la comparaison n'a pas été à ton avantage... il fallait leur ressembler.
MICHEL Leur ressembler, le ciel m'en préserve.
JUDITH
Tant pis pour toi, il ne fallait pas te montrer inférieur... Eh! bien, oui. je les aime mieux que toi; je les trouve cent fois, dix mille fois plus intelligents et plus agréables que toi; oui, tu me les as fait aimer avec leurs défauts et avec leurs tares... C'est mon peuple, cest ma race, je l'aime