ACTE TROISIÈME
sans réserves! Je n'ai qu'un regret, c'est de m'en être éloignée un moment. Ah! Dieu! si c'était à refaire!
MICHEL
Il faudra bien pourtant que tout ce monde-là désapprenne le chemin de ma maison!...
JUDITH
Tu as la prétention de m'empêcher de recevoir mes amis? Alors, tu préfères sans doute que j'aille chez eux? Tu ne vas pas m'enfermer ici, j'imagine?... Vivre en tête-à-tête avec toi?... Ah! bien, merci, ce serait gai. Mais je reçois bien tes amis, moi!
MICHEL Tu n'en reçois pas beaucoup, ils ne viennent plus.
JUDITH
J'en reçois encore trop... quand ce ne serait que ce petit jésuite de Trévières... tes amis et tes parents, ton vieil imbécile d'oncle, ce raté, et ta gourgandine de sœur!
MICHEL Je te défends...
JUDITH Je recevrai ici qui me plaira, je te prie de le croire.
MICHEL
En tout cas, il y en a un que tu ne recevras pas, je t'en réponds, c'est ton. Vowenberg!
JUDITH
Nous verrons. Tout ça, parce qu'il a dit que ton soldat de frère faisait un métier d'imbécile... il a eu raison!
MICHEL
Pas plus que ton banquier de frère ne fait un métier de voleur!
JUDITH
Ah! prends garde, Michel, prends garde! J'ai déjà quitté un homme avec lequel je ne pouvais pas m'entendre, comme toi. Je l'ai quitté parce qu'il détestait ceux de ma race, parce qu'il voulait m'imposer ses façons de voir et de comprendre, ou plutôt de ne rien voir et de ne rien comprendre ! Je n'admettrai pas davantage que tu veuilles m'imposer les tiennes, que tu prétendes exercer une domination sur mes idées qui sont à moi, entends-tu, à moi, ni un contrôle, quel qu'il soit, sur mes amitiés. Ça, je ne l'admettrai jamais!... jamais! ou plutôt, je m'en irai...
MICHEL
Judith! voyons, Judith! ne crie pas comme ça... Qu'estce que tu as?... Je t'en prie... calme-tci... j'ai été plus loin que je ne voulais... Mes paroles ont dépassé ma pensée...
Il tâche à la calmer, à la reprendre.
JUDITH
C'est trop facile à dire... (Et dans une crise de colère toujours croissante, elle ne cesse de crier.) Non, non, c'est trop tard, c'est trop tard!... Je m'en irai!... Je m'en irai.
Jusqu'à ce qu'elle tombe évanouie sur un canapé. A ce moment le domestique entre.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Lazare Hœndelssohn!
MICHEL, à genoux, auprès de Judith.
Faites-le entrer. Dites à Léontine d'apporter de l'éther.