‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 114 sur 216 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

JUDITH, comme épuisée.

A propos d'une scène ridicule qiiïl a faite à Vowenberg qui déjeunait ici... Il s'est permis de le mettre à la porte. A-t-on idée de ces façons-là! C'est à croire qu'il est devenu fou.

LAZARE

Vous me surprenez... Michel n'est pas un homme violent; il a fallu des raisons sérieuses, graves, pour l'amener à un acte pareil.

JUDITH Oh! des raisons sérieuses! Il n'a pas besoin de ça.

LAZARE Enfin, comment ça est-il venu ?

JUDITH

Vowenberg a dit contre le militarisme des choses qui ont eu le malheur de déplaire à Michel.

LAZARE

En quels termes les a-t-il dites ? Je connais son langage habituel... Il me semble l'entendre. Michel n'a peut-être pas tout à fait tort...

JUDITH

Comment! vous excusez Michel? Pourtant, Vowenberg est des nôtres.

LAZARE

Je sais bien; c'est un grand malheur pour nous que des gens comme lui soient des nôtres. Il y a des moments où, moi-même, il me rendrait antisémite.

JUDITH

Je no vous dis pas; mais, non content de l'avoir mis à la porte, Michel a la prétention de m'empêcher de voir mes amis. Alors, j'ai pris une colère foUe...

LAZARE

Je vois ce qui s'est passé: vous étiez nerveux tous les deux et vous vous êtes dit des choses blessantes.

Irréparables!

LAZARE

Oh! irréparables... Ce qu'on dit dans ces moments-là ne compte pas.

JUDITH

C'est dans ces moments-là, au contraii"e, que l'on dit bien tout ce qu'on pense et rien que ce qu'on pense. De telles discussions deviennent entre nous de plus en plus fréquentes et, à chaque fois, nous nous découvrons plus distants l'un de l'autre, plus hostiles l'un à l'autre. Cette vie-là n'est plus possible... D'abord, je n'aime plus Michel!

LAZARE

Ne dites donc pas ça... vous n'en savez rien... Vous êtes dans un tel état de surexcitation...

JUDITH

Non, non, ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis aperçue, et lui sent bien que je ne l'aime plus... Après une discussion comme celle de tout à l'heure, comment en douterait -il?... Nous n'avons pas une idée commune... nous ne parlons pas la même langue: nous sommes deux étrangers en face l'un de l'autre.

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