ACTE QUATRIÈME
SUZANNE
Ce serait bien cruel pour ces pauvres petits qui ne m'ont jamais quittée... et puis, ils sont d"une telle sensibilité!... ce sont des êtres si délicats. Pour eux plus que pour d'autres, l'internat serait une chose douloureuse. Combien de fois vous ai-je entendu dire que les enfants devaient être élevés dans la famille, dans la douce chaleur des caresses.
MICHEL
Je ne vous dis pas le contraire; mais puisqu'il n'y a pas d'autre solution.
SUZANNE Si, il y en a une...
MICHEL Laquelle ?
SUZANNE
C'est que je ne me remarie pas... C'est sans doute ce que vous voulez. Je pouvais refaire ma vie que vous avez défaite de la façon que vous savez; vous nrén empêchez, soit, mais vous cessez d'être juste en prétendant exercer votre droit.
MICHEL
Il ne s'agit pas d'exercer un droit, comprenez-moi bien. Je ne vous empêche pas de vous remarier... seulement, vous choisissez un homme qui habite la Lorraine... pourquoi pas l'Amérique!
SUZANNE
J'ai choisi un homme qui m'aime sincèrement, et dont le caractère m'offre toutes les garanties de fidélité, de sécurité dont j"ai besoin. Ils n'ont pas manqué, ceux qui s'offraient à me consoler sans m" épouser. Si je n'avais pas
été une honnête femme, si j'avais pris un amant, à Paris, auprès de vous, avec un peu d'habileté et d'hj^ocrisie, je serais restée digne de la garde et de l'éducation de mes enfants, n'est-ce pas? Oui, je pouvais être une amante, une courtisane même, je ne peux pas être une épouse. Je n'ai pas trente ans, les hommes me disent que je suis belle; j'en rencontre un qui m'aime assez pour me donner son nom et me consacrer sa vie; mais si je veux qu'on me laisse mes enfants et ne pas déchoir de mes prérogatives de mère, je dois renoncer à être une femme... C'est très bien.
MICHEL
Vous me mettez dans une situation épouvantable; c'est vrai, j'ai Tair d'un bourreau.
SUZANNE Cette situation-là, c'est vous qui l'avez créée.
Parce que j'ai eu des torts autrefois, ce n'est pas une raison pour que je fasse aujourd'hui toutes les concessions. Vous ne voulez pas vous séparer de vos enfants, moi non plus... je suis leujr père autant que vous êtes leur mère !
SUZANNE
Non. pas autant ; car moi, même au prix de mon bonheur, encore aujourd'hui, je ne veux pas les quitter, tandis que vous, vous les avez abandonnés. Lorsque vous êtes parti, il y a deux ans, votre paternité était moins exigeante.
MICHEL Si je suis parti, c'est parce que vous m'avez chassé...