ACTE QUATRIÈME
JUDITH
Parce que tu croyais m'aimer.
MICHEL
Ah! je comprends... tu en aimes un autre. C'est pour ça que tu me quittes. Ah! malheureuse, qui donc vas-tu retrouver ?
Il la prend rudement par les poignets.
JUDITH
Qu'importe le nom que je te jetterais! Oui, tu dis bien, malheureuse! Celui que j'aime ne m'aime pas et, c'est à cause de toi, je l'ai bien compris, que je ne peux pas être à lui. Que ta jalousie se rassure... je n'irai pas le retrouver. Non, c'est pour moi-même que je veux ma liberté; mais tu es l'obstacle à mon bonheur. Va, ne souhaite pas que je reste auprès de toi, car bientôt je te haïrais et, alors, ce serait affreux, Michel, ce serait affreux!... Et tu ne retiendras pourtant pas de force ni par pitié une femme qui s'ennuie ici, de cet ennui déprimant^ mortel que tu as connu autrefois. Oui, j'ai besoin de respirer, car j'étouffe ici. j'étouffe dans cette liaison comme tu étouffais autrefois dans ton mariage. Et quelle pauvre chose demeurerait à tes côtés qu'un être dont la pensée et le cœur ne seraient plus là! Laisse-moi partir, laisse-moi partir.
MICHEL
Où iras-tu?
JUDITH
Je n'en sais rien... j'ai besoin de m'en aller loin, bien loin... je suis lasse de l'amour, de la vie, de tout; j'ai besoin d'être seule, comprends-tu, seule? Voyager, m'instrune, être indépendante! surtout, c'était mon rêve quand
j'étais jeune fille: les premiers vœux sont peut-être les vœux éternels. Mais ne gardons pas de cette séparation un souvenir désespéré... ne nous quittons pas comme deux ennemis... donne-moi la main, Michel, veux-tu? Elle lui tend la main.
MICHEL
Oh! je ne suis pas ton ennemi... Adieu, Judith, va donc
vers tes destinées!
JUDITH
Adieu, Michel.
Elle se dirige lentement vers la porte, sans détourner la tête. Michel la regarde, immobile.
RIDEAU