‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 136 sur 216 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

JUDITH

Parce que tu croyais m'aimer.

MICHEL

Ah! je comprends... tu en aimes un autre. C'est pour ça que tu me quittes. Ah! malheureuse, qui donc vas-tu retrouver ?

Il la prend rudement par les poignets.

JUDITH

Qu'importe le nom que je te jetterais! Oui, tu dis bien, malheureuse! Celui que j'aime ne m'aime pas et, c'est à cause de toi, je l'ai bien compris, que je ne peux pas être à lui. Que ta jalousie se rassure... je n'irai pas le retrouver. Non, c'est pour moi-même que je veux ma liberté; mais tu es l'obstacle à mon bonheur. Va, ne souhaite pas que je reste auprès de toi, car bientôt je te haïrais et, alors, ce serait affreux, Michel, ce serait affreux!... Et tu ne retiendras pourtant pas de force ni par pitié une femme qui s'ennuie ici, de cet ennui déprimant^ mortel que tu as connu autrefois. Oui, j'ai besoin de respirer, car j'étouffe ici. j'étouffe dans cette liaison comme tu étouffais autrefois dans ton mariage. Et quelle pauvre chose demeurerait à tes côtés qu'un être dont la pensée et le cœur ne seraient plus là! Laisse-moi partir, laisse-moi partir.

MICHEL

Où iras-tu?

JUDITH

Je n'en sais rien... j'ai besoin de m'en aller loin, bien loin... je suis lasse de l'amour, de la vie, de tout; j'ai besoin d'être seule, comprends-tu, seule? Voyager, m'instrune, être indépendante! surtout, c'était mon rêve quand

j'étais jeune fille: les premiers vœux sont peut-être les vœux éternels. Mais ne gardons pas de cette séparation un souvenir désespéré... ne nous quittons pas comme deux ennemis... donne-moi la main, Michel, veux-tu? Elle lui tend la main.

MICHEL

Oh! je ne suis pas ton ennemi... Adieu, Judith, va donc

vers tes destinées!

JUDITH

Adieu, Michel.

Elle se dirige lentement vers la porte, sans détourner la tête. Michel la regarde, immobile.

RIDEAU

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