‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 141 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LISTEL

Oui, c'est un symboliste.

Vous êtes absurde, mon cher. N'employez donc pas des mots dont vous ne comprenez pas la portée. Qu'estce que ça signifie, un symboliste ? Savez-vous ce que c'est seulement ?

LISTEL

Oh! pardon, je vous demande pardon. Enfin, il a beaucoup de talent. Et l'autre monsieur, qui est-ce ?

ANTONIA C'est un ami de M. Dembrun... c'est un peintre.

LISTEL Beaucoup de talent aussi.

ANTONIA

Non, aucun... du moins, je ne sais pas... je n'ai jamais rien vu de lui.

LISTEL C'est sa femme qui est avec lui?

ANTONIA Non...

LISTEL Oui... Alors, j'aurais pu amener une femme.

ANTONIA

Vous savez, à Venise, il ne faut pas être trop...

LISTEL

Oh! certainement. Enfin, vous n'êtes pas toute seule ici, vous avez des amis... Ça me rassure.

ANTON L\ Vous êtes bien bon.

LISTEL

Et à quoi passez-vous vos journées ?

ANTONIA

Je me lève tard, je déjeune à midi et, raprès-midi, je fais des ^dsites dans les églises ou dans les musées, avec mes amis; mais nous ne voyons pas cela comme des Anglais...

LISTEL Oh! je pense bien.

ANTONIA

Une église, une salle de musée par jour, cela me suffit, et puis, de temps en temps, je vais revoir un tableau qui m'a plu: j'ai comme ça des amis un peu partout, à l'Académie, aux Frari, dans les palais. Et puis, vers cinq heures, je prends une gondole, je me fais conduire au Lido, à l'affreux Lido, et je m'assieds en face de la molle- Adriatique ; je regarde la flottille des bateaux de Chioggia avec leurs voiles noires, jaunes et rouges; il y en a qui ressemblent à des clowns avec de grosses culottes bouffantes ; d'autres ont l'air d'évêques qui marcheraient sur la mer en somptueuses dalmatiques. D'autres fois, je me fais conduire sur la lagune, je fais amarrer la gondole à l'un des pilotis et je regarde le soleil se coucher sur Saint-Marc: c'est l'heure où Venise a l'air d'une ville d'Orient... je reste là, bercée entre le ciel et la mer qui changent de couleurs à

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