‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 140 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LISTEL

Un ami... seulement?

ANTONIA

Oui.

Vous êtes sûre?

Oh! très sûre.

LISTEL

Ah! (Un silence.) Je VOUS regardais pendant le dîner: vous êtes très jolie ce soir... vous l'êtes toujours, mais ce soir vos yeux ont une expression particulière.

ANTONIA Vraiment ?

■ LISTEL

Oui... un éclat, un je ne sais quoi, enfin, vous avez l'air d'une femme très aimée.

ANTONIA

Mais, je suis très aimée... par vous... vous me le dites et vous me l'écrivez à chaque instant.

LISTEL

Oui, sans doute, mais ça n'est pas moi qui donne à vos yeux cette expression, je ne me fais pas d'illusion... enfin, je vous aime déjà depuis six ans, depuis que je vous connais; vous ne m'avez jamais rien accordé, vous ne m'accorderez jamais rien, et je vous parlerai tout de même de mon amour. C'est assez godiche... enfin, c'est comme ça.

AXTONIA

Vous n'êtes pas très malheureux.

LISTEL

Bien... Bien... Et que fait-il ce monsieur silencieux et désagréable ?

ANTONL\ n écrit... n fait des livres.

Des livres gais?

ANTONIA Oh! non.

LISTEL Ça m'aurait étonné. Et il s'appelle?

ANTONIA

Roger Dembrun.

LISTEL

ANTONIA

Oh! VOUS ne pouvez pas le connaître: il écrit des choses de philosophie, d'art; ça ne s'adresse pas...

LISTEL

Aux imbéciles; alors, en effet, je ne peux pas le connaître.

ANTONIA

Non, mais ça ne s'adresse pas aux gens du monde... Voyons, mon petit Listel, vous êtes très spirituel, très amusant, mais il y a des choses que les gens du monde comme vous ne lisent jamais. Voilà ce que je voulais dire.

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