‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 159 sur 216 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ANTON I A

C'est vrai. Et tu souffres?

ROGER Mais oui.

ANTONIA

Oh! quel bonheur... 0 mon cher amant, je ne veux pas que tu sois malheureux, je ne veux pas que tu souffres désormais... D'ailleurs, il y a longtemps que je voulais te dire... il ne faut pas qu'il y ait de mystère entre nous, ni de ces silences pendant lesquels on pense trop... Il n'y a rien dans mon passé qui puisse te meurtrir, mais quand je t'aurai raconté quelle fut ma vie avant de te connaître, tu seras pris d'une grande pitié... si toutefois tu me crois.

ROGER Mais oui, je te croirai.

ANTONIA

Regarde... il y a des spectacles dont notre âme s'ennoblit. Peut-on s'égayer devant un coucher de soleil et peut-on mentir devant la mélancolique splendeur de Venise endormie?

Elle éteint la lampe.

ROGER

Qu'est-ce que tu fais ?

ANTONIA

Il fait trop clair et je te parlerai mieux dans l'ombre. (Elle s'assied à côté de lui.) Viens tout près de moi... tout près, tout près... et donne-moi ta main. Ah! je suis bien comme ça! Tu m'aimes?

ROGER

Je t'adore.

ANTON lA

Alors, je commence. Pour que tu comprennes bien le mariage que j"ai fait, il faut d'abord te dire combien j'ai été élevée misérablement, non pas du point de vue matériel, mais du point de vue moral. Ah! quels exemples j'avais sous les yeux. Lorsque ma mère s'est remariée, mon père était consul de France à Tiflis...

Et, pendant qu'elle raconte cette histoire, le rideau tombe.

RIDEAU

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