‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 161 sur 216 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Alors j'ai emmené tantôt cette petite avec moi pour lui faire prendre l'air.

PIERRE Il y avait du monde au Bois ?

ANTONIA

Je ne sais pas... je n'ai pas regardé... je me suis fait conduire dans les allées désertes, au grand trot, j'adore ça. C'est très joli, le Bois, l'hiver. On ne le connaît pas assez. Et puis je suis descendue pour marcher un peu; je me suis promenée au bord d'un petit lac qui a l'air souffreteux et abandonné; le soleil se couchait en face de moi, un soleil froid dans un ciel pâle, et c'était si triste, si triste, que j'avais envie de pleurer.

PIERRE, lui prenant la main.

Ma pauvre chérie.

ANTONIA, retirant sa main, et énervée.

Oh! il ne faut pas me plaindre, c'est une mélancolie que j'aime.

PIERRE Bien... bien.

ANTONIA

Le froid, le crépuscule, la solitude, c'était exquis. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, j'adore être seule et je ne m'ennuie jamais avec moi-même. (Petit silence.) C'est tout ce que vous me dites?

PIERRE

Que voulez-vous que je vous dise ? vous n'êtes guère engageante.

ANTON I A A quoi?

PIERRE

C'est vrai, je vous quitte avant-hier très aimable, un peu amoureuse même, oui, amoureuse, et je vous retrouve absolument changée, glaciale, vous oubliez le rendezvous que vous m'avez donné... je vous attends une heure, avec quelle impatience!...

ANTON lA Il ne fallait pas m'attendre.

PIERRE

La question n'est pas là; mais vous m'accueillez comme un fâcheux, j'ai l'air de vous ennuyer... Si je vous ennuie, dites-le.

ANTONIA

Non, vous ne m'ennuyez pas.

Je n'en sais rien... chaque fois que je vous vois, il faut tout recommencer, comme si je vous voyais pour la première fois, et vous ne vous rappelez jamais oîi l'on en était resté.

ANTONIA

Je ne peux pourtant pas faire une marque. Ce n'est pas ma faute... il faut me prendre comme je suis.

PIERRE

Mais je ne demande pas mieux que de vous prendre... comme vous êtes, surtout comme vous êtes; mais vous vous plaisez à me troubler, à m'intimider. Vous vous amusez peut-être beaucoup...

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