‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 165 sur 216 · ANTONIA, PIERRE · texte numérisé non relu

ANTONIA, PIERRE

PIERRE

Pauvre petite! cette huitième récréation est pour elle le plus pénible travail. Ça me rappelle quand j'étais petit et que j'apprenais le piano, pour lequel je n'avais d'ailleurs aucune disposition, on me faisait faire des exercices qui consistent à lever les doigts les uns après les autres...

ANTONIA Ça s'appelle des exercices d'indépendance.

PIERRE

- Oui, et lorsque ma mère sortait, elle m'attachait au piano avec une grosse ficelle, pour que je fasse mes exercices d'indépendance! Je vois que les méthodes d'éducation n'ont pas changé depuis mon enfance.

Un assez long silence.

ANTONIA

Alors, vous croyez que je vais venir comme ça dans votre rez-de-chaussée?

PIERRE

Je ne crois rien, je ne sais même pas si vous viendrez: je vous attendrai... et quand vous vous ennuyerez, quand vous aurez besoin d'être bercée, de vous sentir toute enveloppée par la plus respectueuse tendresse...

Taisez-vous, taisez-vous. Elle est jolie cette petite clef.

PIERRE

Je l'ai fait copier sur la clef d'un secrétaire Louis XV.

ANTONIA

Ne dites pas ça d'un air si triste. Elle est très jolie, et que doit être l'appartement si la clef est en or ?

PIERRE

La porte est en bois. Oh! vous verrez, c'est bien simple, pourvu que ça vous plaise... vous savez que je suis très ému, très troublé: j'ai tant peur de vous déplaire.

ANTONIA

Je suis si intimidante que ça ? C'est étonnant que vous soyez si timide.

PIERRE Pourquoi est-ce étonnant?

ANTONIA

Parce que les hommes qui ont tant de succès auprès des femmes sont généralement plus hardis, plus entreprenants.

PIERRE

Mais je n'ai pas tant de succès auprès des femmes.

ANTONIA Allons donc! Vous êtes le monsieur sur lequel on tire.

Ah! je vous en prie, ne me parlez pas de cette histoire ridicule.

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